La BD girly, ça suffit (pas)

Charlotte Pudlowski

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Extrait de la bande dessinée Very Bad Twinz, de Margaux Motin, édité cette semaine chez Fluide Glacial.
Extrait de la bande dessinée Very Bad Twinz, de Margaux Motin, édité cette semaine chez Fluide Glacial. — Margaux Motin, Pacco

«C'est quoi cette manie de vouloir à tout prix sa pétasse qui n'a rien à dire de plus que « hihihi c'est trop chanmé j'ai des Louboutin » ? Nous autres, femmes dessinatrices, on est condamnées à être publiées dans des trucs de gonzesse, débiles à causer de mascara ? » Le coup de gueule, c'est l'auteur de BD Tanxxx qui le pousse sur son blog Des Croûtes au coin des yeux. Le phénomène de la BD dite « girly », regroupant celles qui ont un blog et publient des albums, fait le bonheur des éditeurs. Mais en fait enrager beaucoup d'autres. « Le propos de ces greluches véhicule les pires clichés sur la gonzesse », clame Tanxxx.

Boire en culotte
Clichés ? Pas pour Pénélope Bagieu. « Mon blog, c'est mon quotidien », s'insurge la jeune femme estampillée auteur « girly », sélectionnée à Angoulême pour son Cadavreexquis et auteur du blog Ma vie est tout à fait fascinante. Est-ce que l'on trouverait bizarre qu'un homme raconte sa vie privée ? ». « Des filles en train de boire un coup en culotte avant de sortir, c'est hyperréaliste », estime aussi Natacha Henry, historienne qui travaille sur le sexisme dans la culture populaire. On ne reproche pas à Bénabar ou Vincent Delerm de raconter leur vie dans leurs chansons. » Et ils le font en permanence, comme tant d'autres artistes, cinéastes, écrivains.
Margaux Motin, qui vient de publier Very Bad Twinz avec Pacco (un homme), assure défendre à travers ses dessins « le droit à la liberté : d'être la femme que l'on veut être, de s'écouter en faisant taire les voix des dictats sociaux, masculins, ou même prétendument féministes ». Alors parler de Louboutin (ou d'H&M, hein), pourquoi pas…
« Eclairer le fait qu'elles parlent parfois de fringues, c'est refuser de voir que ce sont des femmes talentueuses qui font carrière en dessinant », juge Natacha Henry. « Que la blogosphère BD s'ouvre aux dessinatrices, c'est la meilleure chose qui ait pu arriver à la BD, estime Pacco. Il y a peu, la lectrice avait une toute petite place : les thématiques et les dessins étaient souvent très machos. Pénélope ou Margaux ont défoncé les portes et les canons de la BD classique. »
Aucun antiféminisme alors, dans la BD « girly » ? Si, celui des éditeurs. « Je rejoins en partie Tanxxx sur tous ceux qui s'acharnent à publier n'importe quelle nana pour l'enrober d'une couverture rose, nuance Pénélope Bagieu. Quand j'ai voulu dessiner des superhéros, on m'a dit "super, il faudrait que ce soit des super-héroïnes, et qu'elles utilisent leur pouvoir pour faire les soldes." Le message de ces éditeurs-là, c'est " tu es une femme donc tu t'intéresses aux fringues et aux chats". » La BD faite par des femmes, génial. Mais faut-il lui donner un nom à part ?