Giacometti se sent à l'étrusque

benjamin Chapon

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Sculpture de la série L'Homme qui marche.L'Ombre du soir.
Sculpture de la série L'Homme qui marche.L'Ombre du soir. — Arigo CoppitzArigo Coppitz

Mêler les œuvres d'un maître de la sculpture surréaliste et celles d'une mystérieuse civilisation millénaire antique. Pourquoi ? « Pourquoi pas ? », répond, taquin, Marc Restellini, directeur de la Pinacothèque, à Paris, et commissaire de l'exposition « Giacometti et les Etrusques ». Réponses intelligentes à des questions idiotes.

C'est quoi le rapport entre des Italiens morts il y a 2 000 ans et un Suisse mort

en 1966 ?
« On sait que Giacometti était fasciné par les civilisations antiques en général et les Etrusques en particulier. Enfant, il gribouillait les livres d'art antique de la bibliothèque de son père pour reproduire les sculptures qu'il y voyait. Tout jeune, il a visité la villa étrusque Giulia, à Rome. Puis, en 1955, il a été très marqué parla grande exposition étrusque du Louvre. On a retrouvé le catalogue de l'exposition que Giacometti avait abondement annoté. »

Pourquoi

des gens maigres ?
Pour les Etrusques, ils figurent le « corps astral » ou « corps fluidique », à savoir la partie de l'âme qui peut voyager hors du corps qui l'abrite. La statue en bronze L'Ombre du soir, merveilleux exemple de cet art, est exposé pour la première fois hors d'Italie. Pour Giacometti, ses corps émaciés à l'extrême sont une réflexion sur sa peur de l'infini en art et son corollaire concret : le trop-plein. Comme l'expliquait l'artiste, « la sculpture se situe sur le vide. C'est l'espace que l'on creuse pour construire l'objet, et ce dernier crée un espace. »

Giacometti

est-il un pâle

copieur des Etrusques ?
Non, bien sûr, plutôt un inspiré. « Tout l'art du passé de toutes les époques, de toutes les civilisations surgit devant moi, tout est simultané comme si l'espace prenait la place du temps », expliquait l'artiste.
Quand il sculpte la minuscule Tête de Simone de Beauvoir (1946) en bronze, il est dans la lignée des sculpteurs antiques. Et quand il développe, dans ses sculptures, la forme de la cage « élément de langage spatial, métaphore d'un espace humain étriqué », pour Marc Restellini, il réactive l'art funéraire des Etrusques, qui avaient l'habitude de décorer leurs urnes en marbre.

Pourquoi exposer

toutes ces poteries ?
Le lien entre l'art de Giacometti et celui des Etrusques est particulièrement évident quand on compare ses corps longilignes et les fines « statuettes d'offrant » de l'art étrusque.
Néanmoins, pour aller plus loin dans la réflexion, la Pinacothèque a réalisé une véritable exposition archéologique avec des dizaines d'objets archéologiques. On en apprend ainsi un peu plus sur ce peuple qui régna sur les terres et les mers autour de l'actuelle Italie du IXe au Ier siècle avant notre ère. Un peuple de marins où femmes et hommes étaient quasi égaux et accusé de luxure par ses rivaux grecs qui avaient un mot pour désigner leur mode de vie : la truphè, mélange de mollesse et de volupté. Un peuple fort sympathique en somme.