Britney Spears, l'héroïne littéraire par excellence

CULTURE Dans son roman «Le Ravissement de Britney Spears», Jean Rolin raconte Los Angeles en prenant la chanteuse comme figure centrale...

Charlotte Pudlowski

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Britney Spears en concert, lors de sa tournée «Femme Fatale Tour» aux Etats-Unis, le 15 août 2011
Britney Spears en concert, lors de sa tournée «Femme Fatale Tour» aux Etats-Unis, le 15 août 2011 — Rex Features/REX/SIPA

«Puisqu’elle existe, pourquoi l’inventer?» C’est ce que nous a répondu Jean Rolin, à propos de Britney Spears, lorsqu’on lui a demandé pourquoi il n’avait pas construit un personnage fictif, pour son roman Le Ravissement de Britney Spears (P.O.L.), l'un des livres événement de la rentrée. Un agent des services secrets français qui ne sait pas conduire, fume dans les lieux publics et rêve de peloter Lindsay Lohan, débarque dans la Cité des anges pour tenter de protéger la chanteuse d’un possible complot islamiste. Un alibi pour revisiter la ville de Los Angeles à sa sauce. Dans ce roman, Britney, que le narrateur n’approche jamais vraiment, est une personne réelle plus romanesque que n’importe quel personnage de fiction. Jean Rolin a expliqué à 20 Minutes pourquoi il en avait fait son héroïne en 5 points.

C’est une star planétaire

Un livre avec la chanteuse dedans, cela peut parler à n’importe quel lecteur, de n’importe quel pays. «J'étais frappé par le fait que sans la chercher je la voyais partout», confie Jean Rolin à 20Minutes. Sur des posters dans le hall de la partie militaire de l’aéroport de Kaboul, sur l’écran de télévision d’un foyer palestinien de Ramallah… Tout le monde connaît Britney Spears. 

Partie de rien

Comme Marilyn Monroe, les origines modestes de Britney lui donnent du relief. «J’aime qu’elle soit fille de rien, fille de peu», souligne l’écrivain, «cela aide à ériger un mythe». Née dans le Mississippi et élevée en Louisiane, elle est  doublement une fille du Sud, écrit Rolin dans le roman, et pas ce qu’il y a de plus chic dans le Sud». De fait: un petit bled, un père alcoolo... «Cela aide d’avoir ce contraste, pour en faire un personnage attachant. Cette dimension mélodramatique, vous ne l’avez pas chez quelqu’un comme Lady Gaga, à laquelle je ne trouve aucun intérêt romanesque».

Une bonne bouille

Une héroïne romanesque doit aussi susciter un peu de sympathie: «Quand vous recherchez un sujet d’étude littéraire, c’est indispensable», nous explique Jean Rolin. «Surtout quand, à travers ce personnage, je décris l’univers du show biz, pour lequel je n’éprouve aucun attrait ni bienveillance. Britney a une bonne bouille, un regard touchant. Et elle bosse, contrairement à certaines stars du néant comme Kim Kardashian». Effectivement, un roman sur cette vedette de téléréalité, réputée odieuse et pas brillante, personne n’y a encore pensé...

Un personnage riche

«Le côté mélo qui me plaisait passe aussi par le désordre sentimental et sexuel» estime Jean Rolin. Un personnage qui se montre dès la sortie de son premier single, comme une «petite fille lubrique et puritaine» selon les mots de l'écrivain. Avec une réserve d’anecdotes de plus en plus abondante au fur et à mesure qu'elle grandit: comme celle de son rasage de crâne impulsif et incompréhensible.

Une héroïne ordinaire

Malgré ce grain de folie, Britney est si vulnérable, si commune, que le lecteur peut s’identifier à elle. «Elle n’est pas obsédée par son poids, par exemple», pense Rolin. «Je crois qu'elle a une relative honnêteté par rapport à ça». Elle avait fait une pub pour un maillot de bain, se souvient l’auteur, et avait d’elle-même expliqué que bien sûr Photoshop était passé par là, qu’elle avait de la cellulite, etc. «J’avais demandé à des paparazzis habitués à la suivre, et à suivre d’autres stars qu’ils exècrent, comme Victoria Beckham, ce qu’ils pensaient de Britney, explique Jean Rolin. Et ils m’avaient répondu: Britney on l’aime bien. Elle est comme nous.»

Le Ravissement de Britney Spears, Jean Rolin, P.O.L., 288 pages.