le temps, 24 heures durant

Stéphane Leblanc
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The Clock, une vidéo de 24 heures composée de trois mille extraits de films où l'heure  est indiquée.
The Clock, une vidéo de 24 heures composée de trois mille extraits de films où l'heure est indiquée. — christian marclay

C'est le film de l'année, une œuvre d'art exceptionnelle. The Clock a valu le Lion d'or de la Biennale de Venise à son auteur, l'artiste américain Christian Marclay. Il s'agit d'un montage de trois mille extraits de films et de séries, affichant l'heure en temps réel vingt-quatre heures durant. Quand il est 15 h 45 à l'écran, il est aussi 15 h 45 dans la réalité. Et quand il sera 16 h, samedi au Centre Pompidou, où l'œuvre est projetée pour la première fois en France, Robert Redford brisera l'horloge du stade, qui indique aussi 16 h, d'un home run gagnant au base-ball dans Le Meilleur.

Hypnotique et excitant
L'horloge d'une gare permet de guetter un suspect, une alarme sonne à un moment clé, une montre tire un coup de feu, c'est un film de James Bond, une autre glisse du poignet d'une victime assassinée. Ce sont les héros de The Clock. Pour autant, le film ne se contente pas d'égrener une collection de cadrans. « La virtuosité de ce travail repose sur le choix des images, mais également sur leur agencement, s'enthousiasme Emma Lavigne, la commissaire de The Clock. Christian Marclay contextualise ses séquences. Et leur durée est non seulement rythmée par l'action, mais dépend du nombre d'extraits où une heure donnée apparaît à l'écran. C'est ce qui rend The Clock hypnotique et excitant. »
Vers 20 h, des orchestres de différents films, époques et régions du monde s'excitent : leurs concerts vont débuter. Le rythme s'intensifie à minuit : Big Ben explose, Orson Welles meurt transpercé par les aiguilles de l'horloge géante du Criminel. Et Clark Gable, dans Autant en emporte le vent, se précipite au pied du lit de sa fillette, réveillée par un cauchemar.

A 3 h, des gens qui dorment
Christian Marclay, qui a déjà réalisé des films avec uniquement des téléphones ou des coups de feu, a mis trois ans à rassembler ses images, avec six assistants. Mais il a assuré seul le montage, avec ses crescendo et ses moments plus dilatés. « C'était moins facile de trouver des séquences qui se déroulent entre 3 h et 5 h du matin », raconte Emma Lavigne. Dans ce créneau, Marclay montre surtout des gens qui dorment. Ce qui risque d'être aussi le cas de quelques-uns dans le public. Surtout, il a mis son expérience de DJ pour enchaîner les séquences. « Le son agit comme une glu, c'est lui qui donne son liant et contribue à maintenir l'attention du spectateur, sa curiosité et sa fascination. »
C'est cette œuvre qui sera diffusée en continue et en accès libre ce week-end au Centre Pompidou. Christian Marclay ne souhaite pas la projeter ailleurs que dans des musées, « car il considère qu'il faut s'extraire du temps pour l'apprécier ». On aurait pourtant bien aimé la mettre en fond d'écran sur sa télé. Quand Robert Redford brise l'horloge du stade d'un home run gagnant au base-ball, c'est qu'il est l'heure d'aller chercher les enfants à l'école.

Informations pratiques

Le film est projeté au Centre Pompidou de samedi 3 septembre à 11 hà lundi 5 septembre à 11 h. Entrée libre Galerie sud, niveau 1. Entrée par la porte Saint-Merri entre 21 h à 11 h. Des extraits sont visibles sur YouTube.