Agota Kristof, une vie de traumatisme

CULTURE L'écrivaine d'origine hongroise est morte le 27 juillet à Neuchâtel, à 75 ans...

Charlotte Pudlowski

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Agota Kristof, le 1er juillet 1991,en séance photo
Agota Kristof, le 1er juillet 1991,en séance photo — ANDERSEN/SIPA

Ecrire en français, c’était pour Agota Kristof «le défi d’une analphabète». L’auteur hongroise l’avait relevé avec brio.

Née le 30 octobre 1935 à l'ouest de Budapest, Agota Kristof avait dû quitter son pays après les événements de 1956. Elle était arrivée en Suisse romande avec son mari et leur fille qui n’avait que 4 mois. Ils avaient voyagé à pied puis en car et avaient été installés à Neuchâtel par les autorités.

Dans cette ville qu’ils ne quittèrent plus jamais, Agota Kristof, définitivement traumatisée par l’exil,  avait d’abord travaillé dans une usine d’horlogerie et appris peu à peu le français. C’est cette langue qui s’était mise à lui venir naturellement dans l’écriture. C’est donc en français qu’Agota Kristof a livré son grand œuvre: la trilogie racontant l'histoire de jumeaux confiée à leur grand-mère pendant la guerre. Ils apprennent à s'endurcir et à ne plus tenir compte de la morale (Le Grand Cahier) puis sont séparés (La Preuve) et chacun raconte dans le dernier tome, l’impossibilité de leurs retrouvailles (Le Troisième mensonge).

En racontant un drame personnel, la trilogie raconte aussi le drame qui a déchiré la Hongrie et l’écrivaine. Agota Kristof, qui a aussi écrit aussi une dizaine de pièces de théâtre, et dont le roman Hier a été adapté au cinéma en 2002, oscillait entre l’autobiographie et le romanesque. «J’essaie d’écrire des histoires vraies mais, à un moment donné, l’histoire devient insupportable par sa vérité même, alors je suis obligé de la changer».

Arrêter d’écrire

En 2005, après avoir reçu le Prix littéraire européen d'ADELF pour Le Grand Cahier le Prix du Livre Inter, pour Le Troisième Mensonge, le prix autrichien pour la littérature européenne pour l'ensemble de son œuvre et le Prix Schiller, Agota Kristof renonce à l’écriture.

L’auteure ne sortait plus que rarement de chez elle, seulement quand elle y était obligée, pour faire des courses. Elle disait détester les voyages, ne rien aimer d’autre que ses enfants, n’avoir «aucun désir de faire quelque chose de précis».
Dans une interview, à une journaliste du Magazine littéraire qui lui demandait «Vous sentez une plénitude à être ainsi?», elle avait répondu «Je ne sens rien de spécial». «Et vous avez tout de même toujours envie de vivre?» avait demandé la journaliste. «Je n’ai aucun désir de mourir. Je trouve la vie tellement courte. Après, on sera mort tout le temps. On peut tout de même attendre jusque-là!» Elle avait attendu jusqu’au 27 juillet 2011, à 75 ans.