C'est de l'art, y a pas photo

à Arles, Benjamin Chapon

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Un « A » géant façon Google Maps marque l'intrusion du Web dans le champ de la photo. Chris Marker photographie des inconnues (en h. à dr.), Thomas Mailaender expose au milieu des poules et le collectif Tendance Floue dans le noir.
Un « A » géant façon Google Maps marque l'intrusion du Web dans le champ de la photo. Chris Marker photographie des inconnues (en h. à dr.), Thomas Mailaender expose au milieu des poules et le collectif Tendance Floue dans le noir. — Benjamin Chapon / 20 Minutes

Des captures d'écran de You Tube exposées au milieu de poules… Les détournements d'images récoltés sur Internet par Thomas Mailaender ont animé les débats lors de l'ouverture des 42es Rencontres d'Arles (jusqu'au 18 septembre). Le Français n'est pas le seul à s'interroger sur les bouleversements qu'Internet provoque dans nos rapports aux images. Réunis sous le label From Here On (à partir de maintenant), les travaux de 36 artistes bousculent les approches traditionnelles, documentaires ou esthétiques, de la photo. De Corinne Vionnet, qui compile des photos souvenirs de monuments dans des grands formats flous, à Mishka Henner, qui pixelise des images de GoogleEarth.

Les faits divers de Mexico
Le cinéaste expérimental Chris Marker questionne, lui, l'anonymat des foules à l'heure du numérique avec sa série Passengers, photos d'inconnues dans le métro parisien. L'expo consacrée à Enrique Metinides nous montre que la question n'est pas neuve. Depuis 1949, ce photographe couvre les faits divers pour un journal populaire de Mexico. De ses bus accidentés, immeubles incendiés, quidams assassinés, noyés ou pendus, on retient la présence d'un gimmick : la foule des badauds. « Les gens sont attirés par le divertissement, explique Enrique Metinides. Un bel accident, ça rameute les foules et c'est toujours une bonne nouvelle pour les vendeurs de glaces. »
Année (avortée) du Mexique oblige, les artistes de ce pays sont à l'honneur à Arles parmi les cinquante expositions. On retient les travailleurs mexicains de New York photographiés en costumes de superhéros sur leurs lieux de travail par Dulce Pinzon. Plus patrimoniaux, les extraits de films auxquels le chef opérateur Gabriel Figueroa a participé fascinent par les contrastes déments des ciels et des visages ou les constructions de plans délirantes au milieu de films parfois franchement kitsch.
Cette exposition, comme celles célébrant les 30 ans de reportages du New York Times Magazine ou les 20 ans du collectif français Tendance Floue, démontre comment l'œil, celui d'un artiste, éclaire tout, même les zones les plus sombres.