des bulles pour célébrer l'AssietteDans l'archipel nippon,le manga aime les îles flottantes

Olivier Mimran

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En Cuisine avec Alain Passard (en haut) et Le Viandier de Polpette (en bas).
En Cuisine avec Alain Passard (en haut) et Le Viandier de Polpette (en bas). — christophe blainJulien Neel

On savait les auteurs de BD inspirés par le rock, voilà qu'on les découvre amateurs de gastronomie. Témoin, la sortie simultanée, aux éditions Gallimard, de deux albums qui émoustillent les papilles : Le premier tome du Viandier de Polpette est un conte médiéval ponctué de recettes signé Olivier Milhaud et Julien Neel, le dessinateur de Lou. Dans le cadre fantasque de l'auberge du Coq Vert, on découvre les rapports compliqués du comte Fausto de Scaramanda et de son puissant aristo de papa, en même temps que les secrets des « œufs à l'assassin » et du « Steak Diane » (« plats issus d'une tradiction classique et un peu désuète, qu'on sert dans les palaces en bord de mer ».

Le temps du repas dans les pages
De son côté, En cuisine avec Alain Passard s'est classée dans le top 10 des meilleures ventes de BD la semaine du 13 au 19 juin selon Livres Hebdo. Christophe Blain (Isaac le pirate, Quai d'Orsay) y raconte deux années passées à observer le chef du restaurant parisien l'Arpège, véritable artiste de la gent légumière et fruitière.
Selon Julien Neel, cette source d'inspiration révèle un renouveau de la BD plus qu'elle ne relève d'un effet de mode : « Avant, les auteurs faisaient l'impasse sur le moment du repas – excepté dans les banquets d'Astérix – car ils étaient contraints par le format traditionnel des 42 pages. Maintenant que la pagination est plus ouverte, ils se mettent enfin à table ! »
Sous diverses formes, toutefois, puisque si le livre de Blain recense recettes et trucs du chef, Le Viandier de Polpette ne les utilise que pour aérer la narration : « La cuisine est un petit élément de notre récit, précise Julien Neel, pas une thématique destinée à satisfaire une part de marché. »
Le positionnement marketing existe pourtant, porté par le succès de programmes télé sur la cuisine et d'autres séries comme Lord of Burger (Glénat), préfacée par Yannick Alléno, chef triple étoilé du Meurice. Sans compter qu'au Japon, le manga culinaire est une tradition servie en toutes saisons (voir ci-dessous). Reste à voir si, en France le phénomène fera longue table.L'actuelle vogue des bandes dessinées traitant de cuisine n'est pas tout à fait nouvelle puisqu'au Japon, le grand mangaka Jirô Taniguchi avait déjà publié Le Gourmet solitaire en 1997 (Casterman, 2005), promenade dans Tokyo parmi ses gargotes et ses spécialités, qui compilait dix-huit récits de repas remarquables.
Parmi les mangas culinaires traduits en France, citons Aya, conseillère culinaire et Le Restaurant du bonheur (Bamboo), J'aime les sushis, mais surtout Yakitate Japan (Delcourt), qui raconte l'histoire d'un boulanger nippon fou du pain « à la française », qui découvre gluten, levain, farines diverses et secrets du croissant qui croustille. Enfin, pour accompagner cette débauche de petits plats, versez-vous un doigt de titres consacrés au vin et à l'œnologie telle la série qui cartonne à des centaines de milliers d'exemplaires Les Gouttes de Dieu ou Sommelier (toutes deux aux éditions Glénat), réputées pour booster les exportations de vins français vers l'Asie !O. M.

saveur de blog

Les blogs BD aussi s'intéressent à la gastronomie. De très nombreuses recettes dessinées sont disponibles sur A boire et à manger. Un blog culinaire que le Suisse Guillaume Long (Anatomie de l'éponge, La Cellule) anime quasi quotidiennement sur le site du Monde (long-blog.lemonde.fr).