Victor de l'aveyron ou l'humanité tétanisée

Karine Papillaud

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T.C. Boyle livre un roman s'apparentant à une fable philosophique.
T.C. Boyle livre un roman s'apparentant à une fable philosophique. — R. DUMAS

C'est une histoire vraie, fascinante et tragique, mais curieusement elle n'a pas inspiré beaucoup d'écrivains. T.C. Boyle, l'auteur de Talk Talk et des Femmes (tous les deux édités chez Grasset) a repris l'histoire de Victor de l'Aveyron. Un enfant d'une dizaine d'années est retrouvé à la fin du XVIIIe siècle au fond des bois par les habitants d'un village de l'Aveyron. Un enfant ou ce qui y ressemblait le plus : nu, sale, hostile, dévorant de petits animaux vivants, courant à quatre pattes. Un humain revenu à l'état de nature, vierge de toute civilisation.

L'inné et l'acquis
Nommé Victor, l'enfant est pris sous l'aile du Docteur Itard. Celui-ci le sauve d'une vie de bête de foire, mais sans aucune promesse d'avenir. Comme François Truffaut avec son film L'Enfant sauvage en 1970, l'iconoclaste écrivain américain s'est plongé dans cette histoire qui pose la question de la nature humaine avec crudité. L'Enfant sauvage (Grasset) est un roman bref qui se concentre sur l'apprentissage de la civilisation par un humain en friche. T.C. Boyle fait sentir, entendre et voir la malheureuse existence d'un être dont l'humanité tétanisée n'a jamais su quoi faire.