Jacno, Retour vers le no futurE

Benjamin Chapon

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Jacno avec une Gauloise (habitude qui lui vaut son surnom, Marcel Jacno ayant dessiné le casque ailé de ces paquets de cigarettes, puis avec Elli Medeiros.
Jacno avec une Gauloise (habitude qui lui vaut son surnom, Marcel Jacno ayant dessiné le casque ailé de ces paquets de cigarettes, puis avec Elli Medeiros. — FAUX CATHERINE/SIPA et C. FAUX / SIPA

Le 6 novembre 2009 disparaissait Jacno, le dernier (et peut-être unique) dandy punk français. Ce soir à la Cité de la musique à Paris, des artistes l'ayant connu ou se sentant proches de son parcours artistique hors norme lui rendent hommage lors d'un concert. « Je ne voulais pas d'une ambiance de crématorium, prévient Edith Fambuena, directrice artistique du projet et ami de Jacno. Je veux que ce soit une fête parce que Jacno ne prenait jamais rien au sérieux. Il voulait se marrer et emmerder les autres. »
De Jacno, certains retiennent la voix grave (il fume des Gauloises depuis ses 10 ans) et les mélodies pop synthétiques (son tube, « Rectangle », a illustré les pubs Nesquik du temps de Groquik). D'autres s'amusent encore de ses frasques d'anarchiste désinvolte qui pouvait aussi bien mettre à sac un train lors d'un voyage de presse ou enlever un kangourou au zoo de Vincennes pour lui payer des jus de carottes dans plusieurs bars de Paris.

Simple et dépouillé
De Brigitte Fontaine à Jacques Higelin, Dominique A ou Etienne Daho, chaque participant à l'hommage a son anecdote autour de Jacno. « Ce sont tous des enfants du Velvet Underground », résume Edith Fambuena pour illustrer l'état d'esprit qui relie les artistes ayant connu les licencieuses et hypercréatives années 1980 à Paris. C'était les années où Warhol traînait au Palace (et draguait Jacno), où la désinvolture punk entrait en fusion avec la classe minimaliste des dandys, où Elli Medeiros et Jacno fondaient les éphémères, mais mythiques, Stinky Toys.
Mais au-delà de cette époque, Jacno a touché de près ou de loin un pan entier de la scène française de 1980 à nos jours. Howard, du groupe Coming Soon, retient de Jacno « une façon simple et dépouillée de faire de la musique. Il a décomplexé des musiciens comme nous, pas pros et qui se fabriquent seuls ». Méconnu du grand public, cet « artiste accompli et homme tendre » est enfin honoré. « Il aurait détesté ça mais on s'en fout. Il aurait aimé qu'on s'en foute. »