Schwarzenbach, l'écrivain maudit de la Suisse

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Autoportrait, Bas Congo, 1942.
Autoportrait, Bas Congo, 1942. — Schweizerische Nationalbibliothek, Berne

Morphinomane et lesbienne : c'est ce que l'on retient hâtivement de l'écrivain photographe, poétesse et journaliste suisse Annemarie Schwarzenbach. A condition déjà de la connaître, ce qui est rare à moins d'habiter les environs de Zurich où elle est aujourd'hui une icône. Annemarie Schwarzenbach est un écrivain fulgurant à découvrir.
Née en 1908 dans une famille suisse bourgeoise pronazie, elle s'est, en réaction, rangée à gauche et tournée vers le monde. Ses reportages en Espagne, en Perse, en Russie, aux Etats-Unis, en Afghanistan et au Congo belge, dessinent le monde des années 1930, au seuil de la Seconde Guerre mondiale. Son œuvre romanesque et poétique est celle d'une femme sensible et seule à l'extrême, une lectrice du poète Hölderlin, désespérée par la condition humaine, tel que l'illustre La Vallée heureuse en 1935. Elle meurt en 1942 des suites d'un accident de vélo. Elle a 34 ans.
Les années de guerre l'engloutissent jusqu'à ce que Dominique Laure Miermont découvre l'œuvre lumineuse de cette étrange androgyne dans les années 1980. Avec sa coauteur Nicole Le Bris, elle lui consacre un livre, Annemarie Schwarzenbach, la quête du réel (coll. « Voyager Avec », éd. La Quinzaine littéraire-Louis Vuitton) qui rassemble reportages et photos inédites prises par cet iconoclaste écrivain des années 1930, marquée, comme elle le disait, par la malédiction de la fuite.K. Papillaud