Fête de la musique: Cette idée de potache a fait tache d'huile

HISTORIQUE Née en 1982 en trois petits mois, la Fête de la musique célèbre ce mardi sa 30e édition...

Hélène Duvigneau

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Inaugurée en 1982, la Fête de la m usique s'est toujours voulue populaire et fédératrice.
Inaugurée en 1982, la Fête de la m usique s'est toujours voulue populaire et fédératrice. — ROBERT PATRICK/SIPA

Dire qu'au départ, la Fête de la musique avait été programmée en 1982 pour ne durer qu'une demi-heure, entre 20h et 20h30. Peur de l'échec ou de la cacophonie, toujours est-il qu'à l'époque, organiser une fête populaire musicale était loin de faire l'unanimité. Même Le Monde titrait: «La fête du 21 juin. Quelle idée!». La première édition fut décidée en trois petits mois après une note du ministère de la Culture révélant que plus de 5 millions de Français possédaient un instrument, mais que peu pratiquaient vraiment.

Pour éviter à ces instruments de prendre la poussière, trois hommes décident alors d'appeler les Français à descendre jouer dans la rue: l'architecte Christian Dupavillon, le directeur de la musique Maurice Fleuret, et Jack Lang, ministre de la Culture. «En 1982, la fête permet aussi à la gauche au pouvoir depuis un an d'asseoir sa rupture en matière de politique culturelle. Elle entend faire sortir la musique des lieux traditionnels et s'ouvrir à tous les styles», observe Jean-Michel Djian, auteur d'un livre sur la Fête de la musique.

Un pari gagné

Près d'un million de Français répondent à l'appel. Et l'idée «de potache», selon le mot de Jack Lang, s'est aujourd'hui répandue dans une centaine de pays. Un succès inattendu. Pour Sylvie Canal, coordinatrice générale de l'événement, la popularité de la fête tient autant au besoin naturel chez l'homme de faire la fête qu'au caractère universel de la musique. «La fête est populaire parce qu'elle rassemble. Elle est républicaine, gratuite, ouverte à tous les styles, toutes les cultures et tous les âges.» Pourtant en 1986, la droite revenue au pouvoir tente d'annuler les festivités. Peine perdue…
En trente ans, la fête a révélé bien des artistes (Cali, Anaïs…), favorisé les instruments «faits maison» et formé bien des couples. En 1983, 400 volontaires donnent un «concert de baisers» à Paris. L'année suivante, Téléphone chante dans la prison de Fleury-Mérogis. Et quand en 1993 un Steinway est héliporté à 3.600 m sur les hauteurs du Mont-Blanc, l'insolite atteint des sommets.