Mort de Jorge Semprun: Pour Mitterrand, «nous perdons un grand témoin de notre temps»

CULTURE Après la mort de l'écrivain, les réactions comme celle du ministre de la Culture se multiplient...

C.P.

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Jorge Semprun, écrivain, scénariste et homme politique espagnol, reçu dans «Vous aurez le dernier mot» sur France 2 le 5 mars 2010
Jorge Semprun, écrivain, scénariste et homme politique espagnol, reçu dans «Vous aurez le dernier mot» sur France 2 le 5 mars 2010 — BALTEL/SIPA

«Avec Jorge Semprun, nous perdons tout à la fois un écrivain majeur mais aussi un grand témoin de notre temps, de ses combats et de ses drames», a regretté dans un communiqué le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand. «Exilé, résistant, déporté, cet homme qui a mis bien souvent sa vie en jeu, cet écrivain qui a su prendre les risques de ses engagements, aura connu aussi la joie d’être reconnu par ses contemporains – tant en Espagne, où il fut un ministre de la Culture passionné par sa tâche, qu’en France, où l’auteur majeur qu’il était devenu avait choisi la langue française comme seconde patrie».

«Le conteur fou»

Ce sont d’ailleurs des personnalités de ces deux pays, et du monde politique comme culturel qui se sont exprimées. Dès ce matin sur France Inter, Bernard Pivot, journaliste littéraire qui avait notamment reçu Jorge Semprun dans Bouillon de Culture, a répété sa «fascination» pour celui auprès duquel il siégeait à l’Académie Goncourt. Fascination pour le «talent», la «conversation toujours brillante et passionnante» et le «parcours politique» de Semprun.

Dans sa revue La règle du jeu, Bernard Henri-Lévy a écrit que l’auteur resterait «comme l’un des plus puissants, des plus inventifs et des plus neufs de la littérature de la seconde moitié du XX° siècle et du début du siècle suivant», évoquant à la fois le «conteur entêté, un peu fou» et «cette voix mélodieuse qui pouvait, dans la même phrase, changer brusquement de registre : baissant d’un ton, comme s’il vous livrait un terrible secret»

L’écrivain Mario Vargas Llosa lui a rendu hommage dans El Pais: «La mort de Semprun est une perte qui marquera beaucoup les Espagnols, les Français, et l'Europe en laquelle il croyait. Il était un être rare; son œuvre et son exemple resteront.» Et l’écrivain français Didier Decoin (lauréat du prix Goncourt en 1997): «il avait cette espèce d’uniforme sans drapeau des gens qui ont été déportés, qui ont souffert. La souffrance c'est aussi une patrie (...) Il nous emmenait très loin dans l’exigence de vérité, l’exigence de pardon, de compréhension».

Redécouvrir ses écrits

Nicolas Sarkozy a salué la «figure tutélaire parmi les écrivains engagés du XXe siècle» et souligné sa contribution «décisive» à «la compréhension des ressorts des totalitarismes». Jean-François Copé, secrétaire général de l'UMP, a fait part de son émotion: «C'était un personnage hors du commun Jorge Semprun, parce que c'est une histoire personnelle magnifique qui est celle d'un résistant du XXe siècle à des barbaries, c'est un écrivain engagé». «Des événements comme ceux de la disparition d'un grand écrivain c'est parfois l'occasion de les découvrir ou de les redécouvrir, et je ne saurais trop inviter à le faire»

A gauche, Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste, a évoqué «l'inoubliable peintre de la nudité métaphysique de l'homme, comme il aimait à la désigner». «Jorge Semprun avait mis son génie d'écrivain au service de la description de l'horreur de la déportation. Plus que des livres, ses textes portent le témoignage ardent de la souffrance et la clameur muette de tous ceux qui ne sont pas rentrés», ajoute-t-elle. «L'Europe, l'Espagne, la France, perdent un sage dont la voix manquera», estime-t-elle. A la mairie de Paris, plusieurs communiqués ont été transmis. Celui du maire Bertrand Delanoë «Jorge Semprun était enfin un Parisien d’élection et de cœur. Il avait choisi notre ville, il l’aimait et il contribuait à son identité et à sa vitalité». Son adjointe Anne Hidalgo a précisé que Paris lui était «à jamais reconnaissant».

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