Un Islandais tout habillé sous son lit

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Feydeau n'a qu'à bien se tenir, la relève du vaudeville vient du Nord. Et du Grand Nord puisque l'auteur dont il est question, Bragi Olafsson, est islandais. Mais s'il est dramaturge, comme Feydeau, c'est dans le roman qu'il met en œuvre un humour fin et décalé tout en appliquant les règles d'un vaudeville efficace. Dans Les Animaux de compagnie (Actes Sud), le héros, Emil, qui vient de gagner à la loterie nationale, revient d'un petit voyage à Londres où il s'est acheté de coûteux CD. Ravi de son butin, il rentre chez lui quand un ancien collègue de travail sonne à sa porte. Quand l'importun ouvre une fenêtre pour pénétrer dans l'appartement, Emil ne trouve alors rien de mieux à faire que de se cacher sous son lit.

Absurde à l'islandaise
C'est le nez dans la descente de lit qu'il va passer le reste du roman, à entendre des gens sonner et s'installer dans son propre canapé en attendant son arrivée, tandis qu'il espère que cet inquiétant individu débarrasse le plancher avec ses invités. Un huis clos tragicomique dont on ne sait pas s'il faut rire ou se retenir face à des rebondissements qui peuvent à tout moment virer au cauchemar. Dans ce premier roman traduit en français, Bragi Olafsson tient son suspense en parfait équilibre. L'auteur a été poète, mais aussi bassiste des Sugar Cubes, le groupe de Björk. A lui seul, il illustre les surprises que réserve ce petit pays du froid, quand on se donne la peine de le découvrir.Karine Papillaud