Juan Branco: «Hadopi a créé une ligne de fracture très forte qui empêche tout dialogue»

INTERVIEW Le cofondateur de la plate-forme «Création Public Internet» publie mercredi l'essai «Réponses à Hadopi», dans lequel il démonte point par point les arguments des partisans de la loi...

Propos recueillis par Sandrine Cochard

— 

Le site Internet de telechargement Emule, le 26 mars 2006.
Le site Internet de telechargement Emule, le 26 mars 2006. — CHAUVEAU NICOLAS/SIPA

Quatre ans après les premiers débats sur la loi Création et Internet, en 2007, l’Hadopi reste un sujet délicat. Juan Branco, le cofondateur de la plate-forme «Création Public Internet» publie mercredi l’essai Réponses à Hadopi (ed. Capricci), dans lequel il démonte point par point les arguments des partisans de la loi. Interview

Pourquoi avoir choisi ce format de «réponses» aux différents discours et débats parlementaires alors qu’ils sont passés?

L’idée était de rendre l’ouvrage accessible en le délestant des notes de bas de page et autres renvois qui peuvent être un peu austères et perdre le lecteur. Nous avons donc choisi une approche chronologique en revenant sur les temps forts des débats pour les décrypter.

N’avez-vous pas l’impression d’arriver après la bataille?

Non car les discussions en cours à l’e-G8 (qui se déroule à Paris mardi et mercredi) montrent que l’Hadopi reste un sujet sur lequel les clivages sont énormes (effectivement, lire notre article sur le sujet ici). Hadopi a créé une ligne de fracture très forte qui empêchait tout dialogue. Si on montrait des réticences devant cette loi, on nous accusait de défendre les internautes alors qu’on voulait juste défendre nos revenus sur le long terme. Il est temps de sortir de la caricature pour renouer le dialogue et chercher vraiment des solutions, parce cette loi n’en est pas une et son échec est flagrant. Même Nicolas Sarkozy avoue ne plus être très à l’aise avec cette loi. Quant au PS, il propose de l’abroger s’il arrive au pouvoir en 2012. Il n’y a guère que le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand pour affirmer le contraire.

Que reprochez-vous à cette loi?

De nous avoir fait perdre quatre ans. Depuis 2007, pas une sanction n’a été prise. Et, alors qu’on se concentrait sur un dispositif de sanction, on n’a pas réfléchit à des modèles alternatifs visant à repenser l’économie des industries culturelles. Ce livre apporte justement une proposition simple qui repose sur la licence globale: l’idée est de permettre aux internautes de télécharger des films deux mois après leur sortie au cinéma, moyennant cinq euros par mois.

Au risque de tuer le marché de la VOD et des DVD?

Le marché du DVD est déjà condamné par l’émergence des blue rays et des films en 3D, censés répondre au piratage  en augmentant la qualité des films pour les rendre plus difficile à télécharger. Quant à la VOD, elle est en train de tuer la diversité. Soixante pour cent des films vus au cinéma sont des blockbusters, le chiffre monte à 95% sur des plateformes de VOD. Proposer une licence globale à cinq euros par mois permettrait de générer 1,2 milliards d’euros par an.