BD au coeur de l'empire du Milieu

©2006 20 minutes

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Après le manga japonais, le manhwa coréen, place à la bande dessinée chinoise, le Man Hua (nom officiel de la BD dans l'empire du Milieu). Preuves de cette vitalité : une délégation chinoise était invitée au dernier Festival d'Angoulême ; et Xiao Pan, une jeune maison d'édition française, publie aujourd'hui ses trois premiers titres 100 % chinois. Le Fils du marchand, de Nie Chongrui, est un conte traditionnel malgré un dessin d'influence occidentale. My Street, de Nie Jun, est une fiction déjantée, en noir et blanc, dans un univers onirique. Remember, enfin, compile des tranches de vie et révèle un graphiste hors norme dont le pseudo est Benjamin.

On doit ce choix éditorial, qui fait mouche et atteste de la richesse graphique et narrative qui prévaut en Chine, à Patrick Abry, le créateur de Xiao Pan et organisateur du Festival de l'image dessinée française de Pékin (dont la seconde édition se tiendra en septembre 2006). L'excellence de la BD chinoise contemporaine provient, selon lui, d'« une tradition graphique vieille de 4 000 ans ». Ce qui distingue la BD chinoise de ses consoeurs japonaise et coréenne, « c'est qu'en Chine, ce mode d'expression n'obéit à aucune codification, et sa diffusion est totalement anarchique. Bien sûr, la production locale est influencée par les stéréotypes voisins. Mais une nouvelle génération d'auteurs émerge, qui s'ouvre au monde via le Web et qui aspire à s'exprimer librement, malgré une censure encore bien présente. » Pour autant, certains jouissent d'un véritable statut de star, comme Benjamin, car « les maîtres du dessin ont de tout temps joui d'un profond respect en Chine ». Au vu de la qualité des premiers albums qui lui sont soumis, nul doute que le public européen adhérera rapidement à cette « Man Hua-mania » annoncée.

Olivier Mimran