Moi, moi, moi...ça m'intéresse

karine Papillaud
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Philippe Vilain prend pour héros un prof de philo parisien envoyé à Arras.
Philippe Vilain prend pour héros un prof de philo parisien envoyé à Arras. — WAKS

Avec les livres de Lionel Duroy (Colères, Julliard), d'Annie Ernaux (L'Autre Fille, Nil) et de Philippe Vilain (Pas son genre, Grasset), la tendance du printemps est à l'autofiction, ce genre littéraire qui relate des événements de la vie de l'auteur sous une forme plus ou moins romancée. « Parisien », « nombriliste », « assommant » qualifient ces récits qu'on associe souvent à des auteurs médiatiques comme Christine Angot ou Nicolas Rey.

Narcisse, mon meilleur ami
Mais sous les préjugés, on trouve aussi des livres et des auteurs passionnants. Les trois écrivains de ce printemps en sont la preuve, Philippe Vilain en tête, qui défend l'autofiction, au point d'avoir signé un essai sur la question, intitulé Défense de Narcisse (Grasset) en 2005. Dans Pas son genre, son nouveau roman, il raconte comment un prof de philo parisien envoyé à Arras entretient, pour chasser l'ennui, une liaison avec « une petite coiffeuse », comme il la surnomme avec tendresse et mépris. Il y a dans cette histoire plus de conscience de classe que d'amour, et une morale pas si éloignée des fables de La Fontaine. Mais Philippe Vilain déborde toujours l'anecdote, et sous cette variante sévère de l'arroseur arrosé, il analyse comme à son habitude les ressorts du sentiment humain avec finesse et lucidité.

Un pari littéraire comme un autre
Depuis quelques mois, la production française fourmille de règlements de comptes familiaux, d'histoires de deuil de couples qui s'ennuient. Avec l'autofiction, l'axe est plus simple, c'est le moi. Philippe Vilain brandit la curiosité comme fil directeur de ses livres : ça fait quoi de vivre ça, ça amène où, ça révèle quoi de moi et de l'humain en général ?
Une manière de faire de la philo sans le savoir. Le nombril d'un personnage vaut bien celui de l'auteur qui, à son tour, vaut celui du lecteur. Et fiction, ou autofiction, la littérature finit toujours par parler à son lecteur de lui-même. Il en va de même avec le court livre d'Annie Ernaux, L'Autre Fille qui révèle comment l'auteur apprend à 10 ans l'existence de sa sœur aînée défunte, dans le silence familial.Enfin de Colères de Lionel Duroy qui creuse le sillon âprement littéraire d'un écrivain sans concession.