André Delpuech: «La France est en pointe de la sauvegarde du patrimoine archéologique»

CULTURE Comment sauvegarder le patrimoine archéologique? A l'occasion d'une conférence sur la question organisée par le CNRS et le Quai Branly en partenariat avec «20Minutes», André Delpuech, conservateur en chef du patrimoine, responsable de l'Unité patrimoniale des collections Amériques au musée du quai Branly, a répondu à nos questions...

C.P.

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Photo de la grotte de Lascaux prise à Montignac, le 16 septembre 2010
Photo de la grotte de Lascaux prise à Montignac, le 16 septembre 2010 — AFP PHOTO / POOL / PHILIPPE WOJAZER

Pourquoi se pencher aujourd’hui sur la question de la sauvegarde du patrimoine archéologique?

C’est un débat éternel mais récemment, nous avons été confrontés à des destructions à Pompéi, ou à des catastrophes naturelles qui nuisent à la conservation de certains sites. Le réchauffement climatique implique une hausse du niveau marin et la fréquence de plus en plus importante des ouragans, comme dans les Antilles, induit une érosion des sites en bord de mer, comme dans les Antilles. Le séisme en Haïti a détruit un certain nombre de vestiges de l’époque coloniale, sans parler du patrimoine japonais après le tsunami…

Il y a aussi un facteur humain qui nuit beaucoup à la sauvegarde des sites, c’est la sur-fréquentation.

Absolument, on l’avait d’ailleurs vu avec la grotte de Lascaux, qu’il avait fallu fermer temporairement au public car la chaleur et l’oxygène dégagés par les spectateurs provoquaient une altération des peintures. Sur d’autres sites comme le Machu Picchu, le simple fait que des millions de gens marchent tous les ans sur le site, avec leurs chaussures, provoque une érosion des sols.

Mais au-delà des sites archéologiques déjà protégés, on oublie de dire qu’une grande partie des vestiges archéologiques sont détruits sans qu’on s’en rende compte, par le développement urbain et économique de la planète: routes, autoroutes, zones industrielles... Parce que c’est lorsque l’on construit, sans vérifier les sites sur lesquels on le fait, que l’on peut détruire des vestiges.

En France il existe une loi sur l’archéologie préventive.

Oui, la France est maintenant en pointe de la sauvegarde du patrimoine archéologique. La loi date de 2001 et permet, avant la construction de lignes de TGV, de parkings ou autres, de faire des fouilles avant travaux. Si l’on trouve des choses, on peut ainsi les déplacer, les mettre à l’abri et ensuite délibérément accepter de détruire les sites.

Mais des sites doivent être préservés comme tels, parce qu’ils sont de l’importance de Versailles ou de l’Arc de triomphe, des trésors de l’humanité qui sont souvent les seuls témoins de certaines époques. Ce sont des sites qui participent à l’identité des différents pays, comme les sites mayas ou aztèques au Mexique. Les pyramides d’Egypte datent des pharaons, d’avant l’islam, dans un pays musulman, cela montre sa richesse, sa multiplicité. Souvenez-vous quand les talibans avaient détruit des bouddhas en Afghanistan en 2001, qui dataient de l'ère préislamique du pays... C’était un refus de cette époque. Les sites archéologiques ont des enjeux de mémoire importants.

Mais comment faire pour concilier la sauvegarde du patrimoine archéologique et l’envie d’aller de l’avant, d’investir dans la culture contemporaine et de ne pas faire des villes musées?

C’est comme l’écologie, vous pouvez en tenir compte sans revenir à l’état de nature, vous pouvez en tenir compte en vous développant et pour vous développer. La préservation du patrimoine archéologique permet d’entretenir le tourisme, la mémoire, l’identité d’un pays… Mais elle peut aussi se concilier avec le développement urbain. Prenez le parking de Notre-Dame. On avait besoin de ce parking, on l’a construit, aux différents sous-sols, vous voyez des vestiges de la crypte archéologique que l’on avait trouvés et que l’on a préservés. Ce n’est pas antinomique.

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