un rare meneur de revue

recueilli par cédric couvez
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Dans les sublimes jardins du Ritz, Yan Céh feuillette le premier numéro de sa revue, Zeitgeist.
Dans les sublimes jardins du Ritz, Yan Céh feuillette le premier numéro de sa revue, Zeitgeist. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

   Quatre-vingt-quinze euros, frais de port inclus ! C'est la somme dont il faut s'acquitter pour acquérir le premier numéro de Zeit- 

   geist, revue ovniesque dans un paysage médiatique plongé dans l'ère de la gratuité. Rencontre avec son créateur, Yan Céh, ancien rédacteur en chef de Playboy France et iconoclaste dandy, amoureux des mots. 

   Comment est né Zeitgeist ?
  Après mon départ de Playboy, mon mentor, l'écrivain Jean-Jacques Schuhl, m'a demandé pourquoi je ne créerai pas ma propre revue. Je lui ai rétorqué que je n'avais pas les moyens, il m'a conseillé alors de changer mon fusil d'épaule…
  Ce qui a consisté en… ?
  J'ai opté pour une stratégie complètement différente des autres modèles : tirer ma revue à seulement 500 exemplaires, les numéroter pour donner un effet de rareté à l'objet, et la vendre donc plus cher.
  C'est vrai que 95 €, 

   ce n'est vraiment pas donné !
  Mais non, ce n'est pas si cher. Ce n'est même pas le prix d'une paire de Nike de merde ! Il s'agit d'un superbe objet où chaque détail a été étudié avec minutie sur 270 pages. Tous les textes et les images sont des inédits. J'ai passé plus de deux ans sur ce projet, et ça m'a coûté le prix d'une voiture. Lorsque j'ai annoncé à ma mère que je me lançais dans cette aventure, elle m'a vraiment pris pour un fou ! La revue est à vendre en exclusivité sur le site Internet 

   www.zeitgeist-paris.net.
  Et tu penses devenir riche 

   avec cette revue ?
  Absolument… pas ! J'ai créé une association à but non lucratif pour réaliser Zeitgeist et tous les fonds récoltés de la vente du premier numéro serviront à l'élaboration du prochain numéro. J'espère, dans un an. 

   Les contributeurs très connus comme Michel Houellebecq ou Jean-Michel Jarre t'ont coûté cher ?
  La quarantaine de contributeurs a participé gracieusement à l'élaboration de Zeitgeist. Ils ont tout de suite adhéré au concept et compris que la démarche était authentique et sincère. Ce n'est pas une machine à fric, juste un beau projet qui met en valeur la littérature, la pop culture et l'art au sens large.

  Que trouve-t-on justement dans Zeitgeist, qui signifie en allemand « L'ère du temps » ?
  Ce n'est ni un livre, ni un magazine, mais un recueil de textes écris par des auteurs aussi différents que Thierry Théolier ou Yvonne Baby, un autoportrait dessiné par Houellebecq, le manuscrit original des « Mots bleus » de Jean-Michel Jarre, des textes de Nick Kent ou Yves Adrien sur le rock ou encore des collages incroyables de Tavi Gevinson, une blogueuse de mode américaine qui n'a que 14 ans !
  En tant qu'ancien rédacteur en chef de Playboy, tu as mis un peu de cul dans tout ça ?
  Eh non ! Cela aurait été hors de propos. Seule une belle paire de jambes anonyme est dans la revue.