il planche sur notre salut

laurent bainier

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Le champion du monde de skate a fait d'Etnies une marque verte.
Le champion du monde de skate a fait d'Etnies une marque verte. — dr

Né à L'Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne) en 1963. Diplômé en informatique industrielle, salarié éclair chez IBM. En 1985, débarque sans un sou en poche en Californie et vit dans un van. Devient champion du monde de skate, puis fonde Sole Technology et développe la marque de chaussures de skate Etnies. C'est ainsi que l'on présenterait Pierre-André Senizergues sur Wikipedia s'il avait une fiche. Son itinéraire de self-made man du cool aurait dû faire de lui un nouvel Audigier avec 17 millions d'occurrences sur Google, buste en marbre dans le jardin et collection de Ferrari fluo. Mais c'est sur un terrain moins clinquant que l'ex-champion du monde a décidé d'épandre ses billets verts : dans les forêts du Costa Rica.

DiCaprio et les Maleku
Grâce à son programme « Achète des chaussures, plante un arbre » (lire l'encadré), sa boîte va faire pousser une forêt de 10 km de long sur le territoire des Indiens Maleku. « Pour eux, les arbres sont comme un supermarché. Ils y trouvent de la nourriture, de quoi s'habiller, se meubler. Et pour nous, la forêt est un poumon », explique Senizergues en chaussures de skate et tee-shirt recyclés dans le salon feutré du Park Hyatt. « On dit que les skaters sont moins concernés par l'environnement que les surfeurs par exemple, parce qu'ils évoluent en pleine ville sur du béton. Mais les skaters sont des gens ouverts d'esprit. Ils ont conscience que nous n'avons qu'une seule planète et qu'il faut en prendre soin. »
L'ex-champion du monde, qui achoisi la Californie à 22 ans « parce que sur les photos, le béton avait l'air parfait et le ciel sublime », ne saurait dire à quand remonte sa prise de conscience à lui. « Peut-être quand j'étais gamin à L'Haÿ-les-Roses et que je grimpais dans le marronnier du jardin pour boire une soupe avec mon père. Grimper avec une soupe à la main, tu sais, c'était pas facile. » Peut-être quand Leo DiCaprio l'a contacté pour financer son film écolo, La 11e Heure. Peut-être aussi lorsque, son entreprise devenue prospère, il put délaisser son propre salut pour penser à celui de la planète.
« Quand j'ai lancé ma boîte, j'ai galéré pendant des années. Je ne savais pas gérer une boîte. Mais j'ai appris et j'ai toujours gardé en tête que l'innovation est quelque chose d'essentiel. Comme quand j'étais sur ma planche… »
Il impose à ses fournisseurs chinois des sources d'énergie propres, les pousse à adopter des colles à eau et la fusion à froid pour éviter les gaspillages, choisit des boîtes à chaussures recyclées, dessine lui-même un siège social écolo pour son entreprise… Année après année, il transforme Sole Technology en modèle vert. « Notre objectif, c'est d'être carboneutre en 2020. Il reste du chemin, mais ça s'accélère. Souvent, ça ne coûte pas plus cher. Parfois, ça crée même du boulot. Il y a quelques mois, on s'est mis à recycler tout ce qui passait dans les poubelles de notre siège social. On a embauché quelqu'un pour le faire. Son salaire est déjà couvert par la revente de ce qu'on recycle. Tiens, note-le. Ça peut donner des idées à d'autres. » Les bonnes idées aussi, ça se recycle.

Plantation

Au Costa Rica, on dit des Indiens Maleku qu'ils sont les « gardiens des forêts ». Des forêts qui ont beaucoup souffert du commerce du bois et qu'Etnies veut faire repousser chaussure après chaussure. Pour chaque paire de Jameson 2 Eco achetée (75 €), la marque plantera en effet un arbre sur le territoire des Maleku.