Les vampiresont les crocs

Olivier Mimran

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American Vampire, écrit par Stephen King et Scott Snyder.
American Vampire, écrit par Stephen King et Scott Snyder. — panini comics

Marre des vampires détrempés à la sauce hollywoodienne, capables de tomber amoureux d'une potentielle victime (Twilight) ou de boire un ersatz de sang pour préserver la race humaine (True Blood) ? Avec les récentes sorties d'American Vampire et Vamps (tous deux chez Panini) et celle à venir d'Urban Vampires (Vents d'Ouest) d'Eric Corbeyran, la BD remet les rejetons de Dracula à la place qu'ils n'auraient jamais dû quitter : celle de redoutables prédateurs prêts à tout pour épancher leur soif rouge. Quelques recettes pour faire du neuf avec du vieux.

Ils se rhabillent à la mode gore. Dans American Vampire (écrit par Scott Snyder et Stephen King en personne) comme dans Vamps, d'Elaine Lee et William Simpson, les vampires n'ont pas peur de tacher leur liquette : lorsqu'ils attaquent une proie, le sang fait des feux d'artifice et les viscères se répandent. Tout le contraire de leurs représentations hollywoodiennes, plus préoccupées par leur look. Auteur de nombreux livres sur le sujet, dont Visages du vampire (Dervy), Barbara Sadoul explique « qu'en leur offrant la parole, ils sont apparus comme des êtres tourmentés, déchirés par des conflits intérieurs ». En devenant plus humains, les monstres étaient donc aussi devenus plus « propres ».

Ils sont des sex addicts. Vamps retrace le périple à moto de cinq filles-vampires super sexy, qui n'hésitent pas à offrir leur corps à leurs futures victimes, et à se faire plaisir au passage. C'est dans la véritable nature du vampire, selon le scénariste Eric Corbeyran, qui souligne : « Au  XIXe siècle, le besoin de sang du Dracula de Bram Stoker était déjà assimilé au sexe. »

Ils méprisent l'humain-objet. Dans American Vampire, les non-vampires sont tous des garde-manger en puissance. On en croque un morceau et on laisse dédaigneusement pourrir le reste. Normal, le vampire est avant tout « un tueur sadique qui se shoote à l'hémoglobine », selon Barbara Sadoul, Quoi qu'en ait dernièrement fait Hollywood, il reste une créature monstrueuse à laquelle la BD rend enfin son statut de Grand Saigneur.