Rock around the grange

envoyé spécial à réaux,benjamin Chapon

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Après un an passé à Paris, Maud-Elisa Mandeau a choisi de vivre en Saintonge, sans « mesquinerie ni compétition ».
Après un an passé à Paris, Maud-Elisa Mandeau a choisi de vivre en Saintonge, sans « mesquinerie ni compétition ». — dr

«L à, tu surplombes une plaine, avec que des champs autour et une colline au fond. Tu verras un moulin sans ailes. » Mieux vaut relire attentivement ses instructions avant d'aller à la rencontre de la meilleure rockeuse française des dix dernières années. Après un an passé à Paris, Maud-Elisa Mandeau, alias Le Prince Miiaou, est retournée vivre en Saintonge, coin de France où alternent sagement hameaux, bois, vignes et champs labourés de frais. « Je suis d'ici. Gamine, cette maison était celle de mes voisins. » Et c'est là qu'elle a composé et enregistré son troisième album, Fill the Blank With Your Own Emptiness, son premier distribué par un label. « Celui-là, j'arrivais pas à le faire. Je le voulais plus gai, et moins personnel. J'en avais un peu assez de mettre à nu. »
Le Prince Miiaou a donc tricoté treize chansons rock prodigieuses, où mélodies vivaces, larsens mélancoliques et turbulences émotives se heurtent dans un bruit de fureur. Comme les icebergs au large de la Patagonie. Puissante et irrésistible, parfois brutale, la musique du Prince Miiaou est un rock des grandes aires sauvages, qui a éclos dans le paysage sage d'une France rurale de carte postale.

Le retour à la terre
Etrangement, ce cas à part est révélateur d'une tendance rousseauiste chez les jeunes rockeurs français qui vivent de plus en plus à la campagne. Dont, Hangar, groupe de pop installé au Cap-Ferret, entre pinède et océan, ou Florent Marchet, adepte du Berry : « J'y trouve l'espace et le calme mais surtout la disponibilité d'esprit. » Seul problème de la vie au vert : les transports. « Je n'ai pas le permis, je dois demander aux voisins de m'emmener faire les courses une fois par semaine, comme les vieux. » Le chanteur doit donc vivre une partie du temps à Paris, où il a Rodolphe Burger pour voisin occasionnel : « Quand je le croise au Franprix, il a l'air aussi malheureux que moi. » L'ex-leader de Kat Onoma a aussi installé son studio d'enregistrement à la cambrousse, dans les Vosges : « C'est possible grâce aux nouvelles technologies. Se faire un studio pro est beaucoup moins cher aujourd'hui. » Le Prince Miiaou a tout son matos chez elle : « Pendant l'enregistrement, il y avait une super ambiance, tous les musiciens vivaient là… » Mais le reste du temps, il y a la solitude. « A Paris, j'ai trouvé plus de mesquinerie et de compétition que de connivence entre les musiciens. Je préfère faire tout toute seule, même maladroitement. »

Jamais seule
« Ton réseau, tu peux le faire par Internet, estime Didier Veillault, directeur de la Coopérative de Mai, à Clermont-Ferrand. Le vrai danger de vivre isolé pour un groupe, c'est de ne pas se frotter assez à la scène. Heureusement, la France bénéficie d'un réseau unique au monde de salles dédiées aux musiques actuelles où ils peuvent répéter, trouver conseil et jouer devant un public. » Ainsi, et même si elle « déteste apprendre », Le Prince Miiaou a participé, en voisine, au Chantier des Francos, à La Rochelle. « Dans ma tête, je suis toujours seule, mais finalement, ici, j'ai mes musiciens sous la main. Je vis moins de trucs de fou qu'à Paris mais je vis une dépression plus sereine. Alors, ça va. »