Akram Khan: «Nos corps ont besoin de s'exprimer»

CULTURE Le chorégraphe britannique qui a travaillé avec Sidi Larbi Cherkaoui, Juliette Binoche ou Kylie Minogue, présente en ce moment au Théâtre de la Ville «Vertical Road», un spectacle bouleversant...

Charlotte Pudlowski

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Akram Khan à Leicester, en Angleterre, avec les danseurs de son spectacle «Vertical Road», le 7 septembre 2010
Akram Khan à Leicester, en Angleterre, avec les danseurs de son spectacle «Vertical Road», le 7 septembre 2010 — Fabio De Paola / SIPA

Que raconte ce spectacle?
Ce n’est vraiment pas ce qui importe, pas dans ce spectacle-ci en tous cas, qui est très viscéral, laisse place à l’imagination. Je voudrais simplement que l’on sente les émotions très fortes dégagées par les danseurs. Et que les spectateurs s’inventent leurs histoires. C’est comme regarder une bande-dessinée, mais que les bulles soient vides.

La troupe est très internationale, avec des danseurs qui viennent d’Asie, d’Europe, du Moyen-Orient… C’était important?
Non. Je ne suis pas un publicitaire pour Benetton! [Il rit.] Ca s’est simplement fait comme ça. Certains dansent avec moi depuis longtemps. Deux sont très spécifiques; ils viennent du monde arabe, c’est une approche différente, plus spirituelle de la danse. Ce n’est pas une histoire de technique, c’est une histoire de croyance. Les autres danseurs ont autre chose, mais eux respirent la spiritualité.

Black Swan, Pina de Wim Wenders, la série Glee, la danse est de plus en plus présente pour le grand public.
Je pense que ça ne durera pas. C’est un cycle. A une époque, il y a eu Dirty Dancing, Fame: toute une fièvre autour de la danse. La danse prend de nouveau de l’importance. Je crois que de temps en temps, il faut se souvenir que nos corps ont besoin de s’exprimer. On est dans un monde très verbal, avec beaucoup d’informations dans tous les sens, en permanence. La danse est une forme d’expression dans laquelle on est vraiment sincères. La société a peut-être besoin de cette sincérité en ce moment. Moi la danse est la seule forme à travers laquelle je ne mens pas. Je mens tout le temps autrement!

Vous croyez que cet intérêt pour la danse peut amener le public vers des spectacles comme les vôtres?
Non je ne crois pas. La danse dans la fiction est très différente. Et j’adore ça. J'ai trouvé Black Swan très réussi, et j'adore les comédies musicales, Fred Astair et Gene Kelly. Et quand j’étais plus jeune j’étais un très grand fan de Michael Jackson. C’est commercial et très pointu à la fois, selon le regard que l’on porte sur lui. Dans tous les cas ce qu’il fait est universel, incomparable à ce que je fais, qui est peut-être plus spécifique.

Plus élitiste?
J’espère que non. Je déteste les gens élitistes. Je déteste les artistes qui se croient, eux ou leur art, au-dessus de tout le monde. Certains danseurs croient par exemple que Bollywood, c’est de la merde. Moi j’adore Bollywood. Mais je ne peux pas danser comme ça, je ne sais pas comment on fait, ce n’est pas moi. Pourtant je vais secrètement voir des films de Bollywood tout le temps. ..

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