Les mémoires d'un frère condamné à vivre

Anne Kerloc'h

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Chronique d'une famille « ordinaire ».
Chronique d'une famille « ordinaire ». — dr

De la difficulté d'être « frère de » quand votre aîné est une matière à faits divers. « Mikal » Gilmore est un homme musical, rédacteur en chef du mythique magazine Rolling Stone. Mais il est aussi Michael, le petit frère de Gary Gilmore. Mythique et musical lui aussi à sa manière. Faisant de sa vie une ballade glaçante et sauvage jusqu'à ce jour de 1977 où il est fusillé pour le meurtre de deux jeunes mormons. Ultime maîtrise de son destin, ou ironie autodestructrice, Gary réclama lui-même son châtiment et devint le premier homme exécuté lorsque les Etats-Unis décidèrent de réinstaurer la peine de mort.

Né du secret et du sang
Un long silence, (Sonatine) de Mikal Gilmore, élu meilleur document de l'année par le New York Times, pourrait s'intituler « Histoire de la violence ». En tentant d'ordonner les traces, indices et instants flous, le livre ­relève de la reconstitution douloureuse et finit par dessiner un roman familial de silence et de fureur. Très vite, le sujet dépasse l'individu et le clan. La famille Gilmore devient une métaphore de la société américaine, bâtie de boue autant que d'espoirs. Frank, le père mystificateur, escroc pervers et self-made-man, réalise à lui seul la synthèse parfaite de l'American Dream et de son revers. Tout comme la terre de l'Utah, pieuse et impitoyable, qui exsude encore le sang versé durant l'épopée mormone. Passionné, déchirant d'humanité, Un long silence coupe le souffle.

la vie de garyAvant ce roman fiévreux et documenté sur l'histoire familiale, le destin de Gary Gilmore avait déjà inspiré Norman Mailer pour Le Chant du bourreau (Robert Laffont), prix Pulitzer 1979, lui aussi élu meilleur document de l'année par le New York Times.