Quarante ans de cinéma français

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Deux cent dix-sept films, pas tous des chefs-d'œuvre, mais quand même une vingtaine qui ont dépassé le million d'entrées. « Le génie de son talent : un silence en gros plan suffisait pour nous faire pleurer », nous con­fiait hier le producteur Alain Terzian.
Celle qui a éclaté au grand jour dans Rocco et ses frères (Visconti, 1960) allait devenir l'égale de Delon, Belmondo, Lino Ventura ou Philippe Noiret dans le cœur des Français à partir de Vivre pour vivre (Claude Lelouch, 1967). On pleure de la voir Mourir d'aimer (André Cayatte 1971), professeur accusée de détournement de mineur. Mais on rit aussi de faire pétarader son sacré caratère dans les comédies de Philippe De Broca, de Michel Audiard ou de Claude Zidi.
«A cette époque bénie des années 1970, on montait des films uniquement sur son nom », rappelle son ami le journaliste Nicolas Baulieu. Le plus sérieux d'entre eux, Dr Françoise Gailland (Jean-Louis Bertucelli, 1976) lui vaut un premier césar. Elle tourne encore quelques comédies comme On a volé la cuisse de Jupiter (1980) et s'ensuit une longue traversée du désert.

Bouleversante aux Césars
« C'est Lelouch qui lui a sauvé la vie », reprend Nicolas Baulieu. Les Misérables lui vaut son second césar en 1996. Son discours en pleurs sur « le cinéma français qui lui a manqué, éperdument, douloureusement » émeut alors la France entière. La Pianiste de Michael Haneke lui offre six ans plus tard une troisième statuette. Le public ne se doutait pas que l'actrice lui faisait ses adieux. S. L.