Le fil de la vie tissé par « Lucille »

©2006 20 minutes

— 

Impossible de sortir indemne de la lecture de Lucille (éd. Futuropolis), éblouissante BD de Ludovic Debeurme

Ce pavé de 500 pages en noir et blanc distille, dans un savant crescendo, de fortes doses d'émotion pure

Et même si un temps d'adaptation est nécessaire pour entrer dans le récit, on se laisse vite submerger par son intensité

L'histoire, pourtant assez banale, est celle de deux ados dont le passage à l'âge adulte est une question de survie : Lucille se réfugie dans l'anorexie pour échapper à une mère trop protectrice, alors qu'Arthur souffre de l'alcoolisme de son père

Lorsqu'ils se rencontrent, chacun voit en l'autre un moyen d'échapper à sa condition

Le salut passe d'abord par l'apprivoisement des corps, épreuve délicate pour Lucille qui a trop longtemps maltraité le sien

Debeurme traite le problème du mal-être adolescent sans jamais sombrer dans le pathos ni dans l'étude clinique

Son récit, tout en ellipses, est empreint d'une profonde délicatesse et son dessin, dépouillé à l'extrême, appelle à une lecture moins passive

A seulement 34 ans, ce Parisien touche le sublime avec un album en tous points bouleversant

Olivier Mimran