Les pistes pour relancer l’industrie du disque

MIDEM Producteurs, ayants droits, artistes... Chacun a sa petite idée pour aider une économie en crise...

Sandrine Cochard, à Cannes

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La chaîne hi-fi Ceol N7 et son dock iPod/iPhone.
La chaîne hi-fi Ceol N7 et son dock iPod/iPhone. —

Alors que le Snep vient de publier son bilan du marché du disque en 2010, en recul pour la huitième année consécutive, le secteur planche sur diverses pistes pour relancer son industrie en crise. Tour d’horizon des principales propositions.

Doper la visibilité à la télé
Les chiffres parlent d’eux-mêmes: la diffusion des clips a baissé de 49% sur M6, de 26% sur MCM et de 10% sur Direct Star, selon l’étude du Snep. Or, la télévision est une vitrine importante pour les artistes et leur maison de disque puisqu’il s’agit du deuxième média privilégié pour découvrir les nouveautés musicales (58%), derrière la radio (70%), selon l’étude de la Sacem «Les Français et la musique» de la Sacem. «Compte tenu du paysage média aujourd’hui, notre capacité à produire et exposer des nouveaux artistes est plus réduite qu’avant», estime Denis Ladegaillerie, PDG de Believe et président du Snep. Frédéric Mitterrand a lui aussi défendu plus de musique à la télévision. Le ministre de la Culture a appelé de ses vœux la réactivation du groupe de liaison «Musique et médias» au CSA et a évoqué l'inclusion du sujet dans le nouveau contrat d'objectifs et de moyens (COM) de France Télévisions qui sera négocié dans les semaines qui viennent.

Plus d’artistes francophones en radio
Le Snep attend surtout beaucoup des radios, a rappelé David El Sayegh, son directeur général. Notant «une baisse très sensible des titres francophones et plus particulièrement des nouveaux talents dans le classement des 100 meilleures diffusions» en 2010, le Snep s’alarme. «Il y a seulement 30 titres francophones parmi les 100 premiers soit 11% de moins qu’en 2009 et 28% de moins qu’en 2007, souligne l’étude, et seulement 11 nouveaux talents parmi les 100 premiers contre 25 en 2009 soit une baisse de plus de la moitié.» La question des quotas, auxquels sont soumises les radios, est au cœur de la polémique. «Il leur suffit de diffuser plusieurs titres français, même tronqués, pour qu’ils soient comptabilisés», a dénoncé le Snep qui réclame que les titres de musique soient diffusés dans leur intégralité. De leur côté, plusieurs artistes français chantant en anglais et connaissant de beaux succès à l’international plaident pour un élargissement des quotas à la production française (artiste signé sur un label français) et non aux seuls textes francophones.

Promouvoir la Carte musique jeunes
Lancée fin octobre avec quatre mois de retard, cette carte qui permet aux 12-25 ans de voir 50% de leurs téléchargements légaux pris en charge par le gouvernement, est saluée par le Snep, le syndicat déplore une mise en œuvre maladroite. Alors que Frédéric Mitterrand a reconnu que le nombre d’inscrits (50.000 fin décembre) était décevant, l’étude du Snep souligne que seuls 5% des internautes connaissent bien son système tandis que 59% n’en ont jamais entendu parler. «Il est temps de la lancer réellement», a indiqué Denis Ladegaillerie, appelant à une meilleure communication sur cette carte.

Limiter le streaming gratuit?
Pour le Snep, le streaming gratuit financé par la publicité n’est pas suffisamment rémunérateur. Les producteurs, Pascal Nègre en tête, souhaitent que les plateformes type Deezer convertissent leurs internautes au payant. Quitte à brider les services gratuits. «Le modèle du streaming gratuit pose un problème. Il faut le restreindre. Il faut le dégrader, c'est-à-dire qu'il y ait beaucoup plus de publicités qu'il n'y en a aujourd'hui», a-t-il déclaré dimanche sur Radio Campus, suscitant quelque émoi. «Notre point de vue est de défendre le freemium, a répondu Annina Svensonn, responsable de Spotify France, à 20minutes.fr. L’accès gratuit est nécessaire pour permettre à notre audience de tester nos services et de les partager avec leurs amis et leurs familles. S’ils le souhaitent, ils peuvent ensuite souscrire un abonnement payant. La lutte contre le piratage passe par ce modèle mixte.»