2010, l'année de la redéfinition du marché numérique

MIDEM Le Snep a présenté dimanche le bilan du marché de la musique enregistrée en 2010...

Sandrine Cochard, à Cannes

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Les députés doivent se prononcer mercredi sur la disposition-clé du texte "Diffusion et protection de la création des droits sur internet", qui prévoit une suspension de l'abonnement en cas de téléchargement illégal de musique ou de cinéma, après deux recommandations.
Les députés doivent se prononcer mercredi sur la disposition-clé du texte "Diffusion et protection de la création des droits sur internet", qui prévoit une suspension de l'abonnement en cas de téléchargement illégal de musique ou de cinéma, après deux recommandations. — Joel Saget AFP/Archives

Il est grand temps pour l'industrie musicale de développer et de pérenniser son modèle digital. Une fois de plus, les ventes physiques du disque -dont on pensait qu'elles avaient touché le fond l'an passé- enregistrent une baisse (-8,9% en valeur par rapport à 2009), entraînant dans leur sillage le marché de la musique enregistrée (le marché de gros a représenté 554.4 millions d'euros en 2010, contre 589.3 millions en 2009 soit une baisse de 5.9 %), selon les chiffres dévoilés lundi par le Snep (le syndicat des producteurs de musique). Il s'agit de la huitième année consécutive de baisse depuis 2002.

Explosion des revenus issus des abonnements

Il y a pourtant une bonne nouvelle: les ventes digitales sont en hausse (+14,1%, à 88.1 millions d'euros). Même si ses recettes ne compensent toujours pas les pertes des ventes physiques, ce marché semble disposer désormais d'un minimum de recul pour commencer à tabler sur ce qui fonctionne ou pas.

Dans le détail, on constate ainsi une hausse vertigineuse du nombre d'abonnements à un service de musique en ligne (+60%, sans doute dopé par l'explosion du nombre d'abonnés -500.000- à l'offre premium de Deezer depuis son partenariat avec Orange), suivi par la hausse du téléchargement légal (+29% - 35millions de titres téléchargés en 2010). A l'autre bout de la chaîne, le marché des sonneries dont le Snep s‚accorde à dire qu‚il est arrivé en fin de cycle: son chiffre d'affaires a chuté de 21 % passant de 6.7 millions d‚euros en 2009 à 5.2 millions d‚euros en 2010. En clair, un modèle économique se dégage clairement, basé sur l'abonnement et le téléchargement. D'autant que la Sacem et Youtube ont signé le 30 septembre dernier un accord qui devrait générer de nouvelles recettes dès 2011.

Le streaming gratuit en question

L'intérêt des producteurs n'est toutefois par forcément celui des utilisateurs. Alors qu'une étude publiée dimanche par la Sacem affirme que le streaming vidéo gratuit est la première source de consommation musicale des 15/24 ans, le Snep a condamné ce modèle. «Le streaming financé par la publicité n‚est pas viable pour nous, a déclaré le patron d‚Universal, Pascal Nègre. Il ne nous rapporte que 9,8 millions d‚euros (+8% par rapport à 2009, ndlr). C'est trop destructeur de valeur.» Et le président du Snep, Denis Ladegaillerie, de renchérir: «Le premier objectif d'un site comme Deezer doit être de convertir au payant.» En clair, le gratuit est un produit d'appel afin de convertir les internautes à la consommation légale puis, dans un deuxième temps, de les convertir au payant. Mais cette conversion prend trop de temps aux yeux des maisons de disque.

Pas question toutefois pour elles de retirer leurs catalogues de ce marché. «On a accepté de prendre ce risque parce que c'était un moyen pour les consommateurs de connaître le service. Personne n‚aurait connu Deezer sans nous, a poursuivi Pascal Nègre. A lui maintenant de basculer à un modèle payant.» Les internautes suivront-ils?

Comment les Français ressentent l'offre légale
Selon l'étude du Snep, 45% des internautes consomment sur des plateformes légales (74% des 15-24) et 90% d'entre eux se disent satisfaits de l'utilisation des services. Qualité audio (87%), catalogue disponible (86%) et rapport qualité-prix (74%) sont les principales sources de satisfaction. En revanche, la grande absente de la consommation musicale est la carte musique jeunes. Alors que le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a reconnu dimanche que le nombres d‚inscrits (50.000 fin décembre) était décevant, l'étude du Snep souligne que seuls 5% des internautes connaissent bien son système tandis que 59% n'en ont jamais entendu parler et que 36% en ont entendu vaguement parler mais sans en connaître les avantages.