Le «cross age» au temps de sa folle jeunesse

SALON DE MONTREUIL Le livre pour «jeunes adultes» se développe, offrant un nouvel univers créatif...

Anne Kerloc'h

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Une jeune femme choisit un livre dans une bibliothèque
  Une jeune femme choisit un livre dans une bibliothèque — ROUSSEAU / GLOBAL PICTURES / SIPA

Vous les avez déjà croisés en librairie. Avec leur dégaine semi-poche, leur air un peu frondeur avec leurs couvertures graphiques, certaines proches du tag. DoAdo (Ed. du Rouergue), Scripto ­(Gallimard), Medium (L'Ecole des loisirs), Wiz (Bayard), Exprim' (Sarbacane)... ciblent les «jeunes adultes». Au sens large. 15-25 ans. 15-30 ans. Voire de 13 ans à l'infini.

«Les jeunes détestent ce qui fait jeune!»

«On évite de faire figurer une mention d'âge sur le livre, note Isabelle Stoufflet, directrice de collection de Scripto. De la même façon, on ne met pas Gallimard jeunesse mais Gallimard tout court. Les jeunes détestent ce qui fait jeune!» L'expression anglo-saxonne «cross age» semble appropriée pour désigner ce nouvel espace littéraire qui, en voulant attirer les ados, réjouit les adultes. Est-il besoin de rappeler l'attrait de trentenaires pour un sorcier nommé Harry?

«Cette littérature est un lieu de passage, estime Jean Molla, auteur de Sobibor, chez Scripto. Celle que j'aurais eu envie de lire plus jeune. A mon époque, on passait sans transition de la littérature jeunesse aux livres adultes. Là, je veux que tous soient intéressés. Sobibor est nourri de mes lectures adultes: Hanna Arendt, Primo Lévi…»

Jeunesse d'esprit

Tibo Bérard, fondateur de la collection Exprim', lui cherchait moins un âge qu'«une littérature vivante, urbaine, rock'n'roll qui assume sa place dans son époque, nourrie des influences de la musique, du cinéma, des séries… C'est plus à une jeunesse d'esprit qu'on se réfère.»

Le « cross age » est, en effet, un carrefour métissé pour de bondissantes inventivités. Jean Molla parle même de « liberté totale ». Ici on découvre des narrations rythmées, parfois inspirées du cinéma d'action comme chez Guéraud (lire ci-contre), des thèmes puissants abordés sans dandinements (violence familiale, identité…). La zone des possibles qu'est l'adolescence se transforme alors en zone libre pour les auteurs.

Arrivée de pointures

Au-delà du succès du secteur dit « jeunesse » (1 livre sur 4 vendu en France, selon GfK), « pas étonnant que le genre attire des pointures comme Harlan Coben ou John Grisham, dont nous venons de publier Théodore Boone », note Philippe Robinet de Oh ! Editions. En librairie, le « cross age » prend souvent ses quartiers près de la BD ou tape le voisinage avec le polar. Livres ouverts à toutes les rencontres et à toutes les influences.

bibliographie

Junk de Melvin Burgess (Scripto, Gallimard). Best-seller mondial, ce roman polyphonique est l'ouvrage le plus juste sur la descente dans la drogue. Auteur au style à la fois baroque et sec, Burgess vient de publier Nicholas Dane, remake d'Olivier Twist. Je mourrai pas gibier de Guillaume Guéraud (DoAdo Noir, Ed. du Rouergue). « Je suis né chasseur, je mourrai pas gibier » est le braillement de ralliement des habitants du village de Mortagne. S'ouvrant sur une scène de massacre lors d'un mariage, l'histoire est débitée par la voix de Martial, jeune narrateur. Guéraud a publié Déroute sauvage, inspiré des films gore, et Sans la télé (DoAdo) sur sa passion du cinéma née dans l'enfance. Djamila de Jean Molla (Lampe de poche, Grasset). Nouvelle venue dans un lycée, cerclée de non-dits, Djamila fascine Vincent, le narrateur. Un superbe roman sur les viols collectifs et la vengeance. Lire aussi Sobibor (Scripto) où l'anorexie d'Emma va être le révélateur d'un passé familial terrifiant.