«Carte musique» pour les jeunes: Un lancement dans la confusion

CULTURE Le ministre lui-même a reconnu jeudi les limites de cette subvention, pensée pour favoriser le développement de l'offre légale...

Sandrine Cochard

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Son lancement avait déjà été retardé de quatre mois. La «carte musique», finalement entrée en vigueur ce jeudi (voir ses modalités en cliquant ici), connaît déjà ses premières limites, reconnues par le ministre de la Culture et de la Communication, Frédéric Mitterrand lui-même.

«Contrôles aléatoires»

Dédiée aux jeunes âgés de 12 à 25 ans (cibles des 4 spots de publicité qui seront diffusés sur le Net), cette carte pourrait en fait profiter à des plus vieux. Le formulaire à remplir pour en bénéficier (disponible sur le site) se base sur les déclarations des internautes. Qui peuvent donc mentir sur leur âge. «La sécurité n’est pas assurée car pas assurable», a reconnu laconiquement Frédéric Mitterrand, jeudi lors du point presse de présentation de la carte. Le ministre a souligné que des «contrôles aléatoires» étaient prévus, notamment sur la base des adresses postales réclamées lors de l’inscription, pour traquer les contrevenants. A conditions que les internautes ayant menti sur leur âge ne mentent pas sur leur adresse…

Téléchargement d’applications

C’est sans doute le plus gros couac. La «carte musique» doit inciter les jeunes à consommer de la musique sur les plateformes légales. Elle pourrait toutefois servir à tout autre chose. Le site Numerama révèle ainsi qu’il est tout à fait possible d’acheter des applications pour iPhone ou iPad au lieu de titres musicaux.
 
«Premiers arrivés, premiers servis»

Dotée d’un budget de 25 millions d’euros, la carte sera réservée à 1 million de jeunes de 12 à 25 ans. Il n’y aura pas d’examen de dossier. «Ce sera: premiers arrivés, premiers servis», a précisé le ministre. La logique vaut également sur les 14 plateformes de téléchargement légal déjà associées au projet (d’autres suivront, la porte est ouverte selon le ministre). Afin de garantir une juste répartition de cette aide –et d’inciter les jeunes à en tester plusieurs-, chaque plateforme sera plafonnée à 20% des sommes engagées. En clair, si les utilisateurs se ruent sur iTunes et que la plateforme réunit 5 millions d’euros issus de la carte (en quelques jours par exemple), elle ne pourra plus bénéficier d’autres achats avec la «carte musique». Et les internautes retardataires ne pourront plus télécharger sur cette plateforme.
 
Malgré ces quelques points noirs, Frédéric Mitterrand a insisté sur l’enjeu de cette «carte musique»: favoriser le développement et l’accès à l’offre légale sur Internet. «C’est une opportunité favorable pour la musique en ligne», a assuré le ministre qui a rendu un «hommage particulier» aux services de musique en ligne ayant participé au projet. «Qui refuserait une subvention?» A rétorqué un journaliste dans la salle. Une question qui a laissé le ministre sans voix –et sans réponse- pendant plusieurs minutes avant de se ressaisir: «Nous ne sommes pas dans un système de subvention mais d’investissement, pour enrichir l’offre de ce que les jeunes veulent écouter.» Et pour laquelle ils seraient prêts à payer.