Salon international de l'alimentation (Sial). Parc des expositions de Villepinte, Seine-Saint-Denis. Dans la salle sombre d'un restaurant caché au fond d'un hall d'exposition se déroule un combat d'étudiants qui n'attire pas les caméras : la 2e édition de Trophélia Europe, la coupe continentale des étudiants en agroalimentaire. Et pourtant...
« Cette compétition est la Ligue des champions de l'innovation alimentaire, assure Françoise Gorga, chargée de mission à l'Association nationale des industries alimentaires. Des étudiants de toute l'Europe y présentent devant un jury d'industriels les produits qu'ils ont inventés. » Pour les vainqueurs, un trophée et une prime de 8 000 €. Mais surtout la promesse d'un avenir profes­sionnel radieux, comme celui que con­naissent les inventeurs des tablettes de fruits à croquer, de la préparation pour canelés ou du lait de chèvre au jus de citron, tous primés aux Trophélia et tous stars des rayonnages européens.
C'est sans doute ce à quoi rêvent les cinq jeunes ingénieurs de l'équipe de France lorsqu'ils entament leur présentation. Elèves de l'Isara, une école lyonnaise, ils défendent le projet Toastilégum's, un pain à panini qui contient 50 % de légumes, qu'ils ont mis plus d'un an à peaufiner et qui a été élu meilleur projet français en juin dernier. Mais ce lundi après-midi, leurs adversaires viennent du Danemark, de Russie, d'Espagne. Ils proposent des patisseries au fromage, du spray au vermouth ou encore des préparations pour gâteau au chocolat light. Et la compétition s'annonce serrée.

Le goût des autres
« Le jury aussi est européen. Les goûts des uns ne sont pas forcément ceux des autres, reconnaît Dominique Ladevéze responsable du comité d'organisation de cette compétition unique en son genre. Mais le goût du produit n'est que l'un des nombreux critères évalués. » Pour remporter le titre, il faut en effet proposer un business plan complet, créer une usine virtuelle capable de produire des milliers d'unités, imaginer le prix de vente et les marges que pourront faire les revendeurs, concevoir la campagne de promotion qui accompagnera le lancement. Une aubaine pour les industriels du jury. S'ils flashent sur le produit, ils pourront très rapidement le commercialiser, le projet étant finalisé jusque dans ses plus petits détails. Les étudiants lauréats toucheront alors des royalties sur les ventes. Et en tireront des bénéfices plus grands encore dans leur déroulement de carrière.
« Pour nous, Trophélia est une vraie valeur ajoutée sur notre CV », assure l'un des candidats, dans les coulisses après la présentation. Les cinq Français n'en ont pourtant plus vraiment besoin. Elève en quatrième année lorsqu'ils ont commencé à plancher sur le concours, ils sont depuis deux mois ingénieurs diplômés. Quatre d'entre eux ont déjà trouvé un travail. C'est d'ailleurs en posant l'une de leurs premières RTT qu'ils ont pu venir à Villepinte défendre leur projet. Un effort judicieux.
Un peu plus tard dans la journée, ils apprendront qu'ils se classent troisièmes de la compétition européenne et empochent 2 000 € de prime. Du bronze et un peu d'argent pour de jeunes ingénieurs qui ont déjà des idées en or.

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