« Plus de plantes interdites que jamais »

recueilli par laurent bainier

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Policiers et botanistes sont formels : rien ne ressemble plus à du chanvre que du chanvre.
Policiers et botanistes sont formels : rien ne ressemble plus à du chanvre que du chanvre. — SORGE / CARO FOTOS / SIPA

La réforme oui, la chienlit à la limite, mais le chiendent certainement pas. Les herbes qui poussent au vice ont droit depuis longtemps à l'attention du législateur. Elles ont depuis hier gagné celle du botaniste Jean-Michel Groult qui publie chez Ulmer Plantes interdites, une histoire des plantes politiquement incorrectes. Entretien avec l'auteur.

Plantes interdites,

c'est un livre sur le cannabis, non ?
Jean-Michel Groult : Pas du tout. Le cannabis n'est qu'un interdit parmi tant d'autres : les plantes chamaniques, abortives, invasives, etc. L'idée d'écrire ce livre m'est venue en consultant un arrêté ministériel qui recensait un grand nombre d'espèces interdites. En fouillant un peu, j'ai constaté que jamais dans l'histoire il n'y a eu autant de plantes prohibées.
Cela tient à quoi ?
D'abord à la mondialisation qui a amené sur nos marchés des plantes étrangères qu'on ne connaissait pas. Comme on côtoie plus de plantes, il est logique qu'il y en ait davantage qui ne soient pas autorisées. Certaines d'entre elles ne sont mauvaises que si l'on s'en sert mal. Mais plutôt que d'éduquer, on préfère interdire. Il y a aussi le problème des listes positives qui fleurissent dans les législations…
C'est-à-dire ?
Le principe, c'est que tout est interdit sauf ce qui est recensé sur ces listes. Pour faire figurer une plante sur une de ces listes, il faut monter des dossiers. Mais qui va prendre la peine de le faire ? Pour qu'une entreprise fasse la démarche, il faut qu'elle y trouve un intérêt.
C'était le cas de la stevia ?
L'histoire est intéressante. Les industriels se sont penchés sur cet édulcorant naturel dès les années 1960. C'est à cette date que les Japonais l'ont adopté pour remplacer leurs sucrettes. Mais aux Etats-Unis, l'autorité administrative a reçu une plainte anonyme faisant état d'un possible effet cancérigène de la stevia. En attendant d'en savoir plus, elle a classé cette plante comme « non sûre », ce qui interdisait sa commercialisation. C'était très commode pour les entreprises qui produisent de l'aspartam, non ?
Mais aujourd'hui, c'est autorisé…
En 2007, Coca-Cola a annoncé qu'il voulait commercialiser un soda édulcoré à la stevia. Le dossier a été rouvert et on a pu établir qu'il n'y avait pas d'effet cancérigène. Un an plus tard, ce type de boisson a été autorisé.
Rassurez-nous, vous parlez un peu du cannabis dans ce livre ?
Oui, oui. C'est l'interdit le plus connu et le moins connu. Tout le monde est persuadé que le chanvre classique [qui sert notamment pour l'isolation] peut être cultivé librement. Pourtant, même s'il ne contient pas de THC [la molécule psychotrope], faire pousser du chanvre est interdit. Pour obtenir une autorisation de le cultiver, il faut multiplier les démarches et notamment se procurer les graines dans un centre agréé.
Pourquoi cette confusion ?
Il est très difficile de différencier un pied de cannabis d'un autre. Les plants ont été tellement croisés que même un botaniste peine à les reconnaître quand il en rencontre dans la nature. Et la loi, elle, ne fait pas de botanique.

le livre