Une souffrance jamais rayée de la toile

Recueilli par Charlotte Pudlowski

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BASQUIAT

Le tableau In Italian (1983) est décrypté pour 20 Minutes par Dieter Buchhart, commissaire de l'expo « Basquiat ».

« Vous voyez les petits bouts de bois dans chaque coin ? Ils rap­pellent la rudesse de l'époque où Basquiat travaillait dans la rue. Il peignait sur des panneaux dissociés, qu'il assemblait ensuite et repeignait ensemble. D'où la séparation entre les couleurs.
Basquiat était noir à une épo­que où les Etats-Unis n'étaient pas près d'élire Obama. Quand il sortait le soir, les taxis ne s'arrêtaient pas. C'était l'Amérique raciste et l'artiste en souffrait. Le personnage au milieu est un Afro-Américain dont la souffrance se manifeste moins par son teint verdâtre que par ces mots au-dessus de sa tête : “crown of thorns” [couronne d'épines] – ce que portait Jésus lors de sa crucifixion – et qui revient souvent dans son œuvre. Pourquoi ne la des­sine-t-il pas ? Car Basquiat aimait voir les mots écrits. Et si “épine” est rayé, c'était une façon de le mettre en avant. L'artiste excellait aussi dans l'art du détournement : sym­boles de la pop culture des années 1980 à droite (tête de Hoek, etc.), pièces de monnaie à gauche…
Détails moins visibles, les traces de baskets ou la densité des couches de peinture successives. “Je redessine et j'efface, mais jamais au point de faire disparaître ce qu'il y avait avant. C'est ma version du repentir”, expliquait l'artiste. »