« Comprendre comment les gens dérapent »

Benjamin Chapon

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Florent Marchet s'impose en cartographe pop des territoires désolés de l'âme humaine.
Florent Marchet s'impose en cartographe pop des territoires désolés de l'âme humaine. — M. DORTOMB

Après Gargilesse, village berrichon, et Rio Baril, bourgade imaginaire, le troisième album de Florent Marchet porte le nom de la station de ski huppée Courchevel. « J'ai peu d'imagination, explique le chanteur. J'ai besoin d'un décor pour créer des personnages, des histoires, puis des chansons. » Cartographe des territoires désolés de l'âme humaine, Florent Marchet détaille sa géographie.

Frontières floues. Suicides, accidents, déceptions… Florent Marchet aime les histoires qui finissent mal. « Mes chansons sont souvent inspirées de faits divers. Je cherche à comprendre comment les gens dérapent. » Le morceau Courchevel, qui donne son nom à l'album, est l'histoire d'une jeune femme riche et suicidaire : « La bourgeoisie est un terrain idéal pour de fortes dépressions où se développe parfois la sensation d'être un étranger chez soi. Je suis fasciné par ce sentiment. »

Amoureux des transports. Roissy, titre en duo avec Jane Birkin, suit, au fil d'un scénario époustouflant, des retrouvailles empêchées par le crash d'un avion. « Je cherchais une voix féminine qui incarne l'ambiguïté entre mère et amante, et avec un accent pour signifier l'éloignement. La voix de Jane Birkin a un côté dramatique très juste, à la limite du décrochement. Elle chante comme une artiste. Il a fallu la diriger. »
Un océan de danger. Sur Narbonne Plage, des enfants laissés sans surveillance se noient. « Les enfants sont tous des rescapés. Ado, j'aurai pu mourir cent fois. Maintenant, je suis père et cette angoisse m'inspire. Je suis con­damné à ça. Je ne vais pas faire une chanson sur le goûter de mon fils sous prétexte que c'est moins triste. »
Direction l'ailleurs. Outre le désespoir face à des instants tragiques, Florent Marchet osculte la rudesse avec laquelle la société nous impose des succès formatés : de Charette, amusante ritournelle sur… le licenciement à Qui je suis, complainte profonde d'un asocial accompli. « J'ai grandi entourés de gens qui ne vivaient qu'avec des problèmes d'argent en tête. J'ai toujours pensé que si j'arrivais à vivre de ma musique, ce serait miraculeux. Récemment, le succès d'un artiste comme Benjamin Biolay m'a détendu. »

Coup au cœur

Depuis plusieurs années, Florent Marchet reste le secret le mieux gardé de la chanson française. Contrairement à l'essentiel des auteurs de sa génération, il ne fuit ni les grands drames ni les riches orchestrations. Plutôt que d'effets de style faciles, il use de scénarios brillants. Rarement talent narratif et émotion pure ont été mariés de la sorte.