Tiersen sur la voix de l'anarchie

benjamin Chapon

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Yann Tiersen a fini chez lui, à Paris, les « embryons » de chansons écrites à Ouessant.
Yann Tiersen a fini chez lui, à Paris, les « embryons » de chansons écrites à Ouessant. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

Pour des millions de Français, Yann Tiersen sera toujours l'auteur de la jolie musique du film Amélie Poulain. Ceux, parmi eux, qui auraient la curiosité d'écouter Dust Lane, nouvel album du Bre­ton, sans avoir suivi son évolution musicale récente, risquent d'être fort désappointés. Yann Tiersen est devenu un expert dans le rock savant, parfois bruitiste, d'où s'échappent des chœurs féminins gracieux, des sons synthétiques étranges et des voix parlées sibyllines.

« Des instruments fragiles »
Il ne chantait pas, il s'y est mis. Il jouait de l'accordéon, du piano et du violon, il compose désormais à la guitare. « Ma musique est liée aux instruments, à leur nature. Par exemple, j'ai une guitare portugaise que je ne sais même pas accorder, mais je m'en sers. Elle m'inspire. J'aime les instruments fragiles et faillibles. »
Et notamment les synthétiseurs analogiques antiques qu'il collectionne depuis des années. Sur cet album, il les a enfin utilisés. « Avant, j'étais trop attiré par eux pour m'en servir de façon sobre et juste. Je les bidouillais pour me détendre. Mais là, j'ai trouvé des choses. »
Dans la cave de sa maison parisienne, il montre son Moog, son Juna 106 et un Prophet 5 qu'il a réparé lui-même. « Pendant deux ans, entre plusieurs autres projets, j'ai passé beaucoup de temps dans ce studio à déconstruire et reconstruire les morceaux. » Pour cet album très personnel, fruit notamment d'un deuil douloureux, Yann Tiersen avait « un rêve d'anarchie complète ». Et solitaire. « Avoir des musiciens avec moi, ça me perd. » Seul et libre, Tiersen a réalisé un album d'où se dégage, malgré le désordre et le chagrin, une joie de vivre. En musiques.