L'éclat brut des Kids de Larry Clark

CULTURE L'exposition parisienne a été interdite au moins de 18 ans...

Stéphane Leblanc

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« Jack et Lynn Johnson à Oklahoma City en 1973 », une des photos controversées.
« Jack et Lynn Johnson à Oklahoma City en 1973 », une des photos controversées. — LARRY CLARK / courtesy of the artist, luhring augustine, new york and simon lee gallery, london

Ce n'est pas qu'une première. Mais deux. Voire trois. «Kiss the past hello» n'est pas seulement la première rétrospective en France de Larry Clark, artiste reconnu depuis les années 1960 pour ses photos et ses films sur l'adolescence.

L'expo du musée d'Art moderne de la Ville de Paris, qui s'ouvre ce vendredi, s'ac­compagne d'une autre première: son interdiction aux moins de 18 ans, alors qu'aucune plainte n'a été déposée. C'est enfin la première fois qu'un musée se félicite d'une telle restriction, alors que le public adolescent aurait sans doute été le premier intéressé à découvrir des images qui le concernent au premier chef.

« Des ados tels que les adultes refusent de les voir »

«Les avocats consultés nous ont prévenus que nous allions au-devant de gros ennuis, confie le directeur du musée Fabrice Hergott. Car oui, la pornographie pourrait nous être reprochée.» En cause: des photos d'adolescents qui se shootent, jouent avec des armes à feu, se caressent ou font l'amour. «Une œuvre crue, frontale et directe, reconnaît le directeur du musée, mais d'une grande banalité dans ce qu'elle montre.»

>> Retrouvez le diaporama de l'expo de de Larry Clark par ici

Larry Clark impressionne, mais sans jouer la carte du sensationalisme. Aucune scène macabre dans ses photos. Pas de viol ou d'overdose par exemple. Les protagonistes prennent au contraire un plaisir évident à poser devant son objectif. «C'est peut-être ça qui fait peur, constate Fabrice Hergott: la liberté et la sincérité d'un artiste qui montre des ados tels qu'ils sont et com­me les adultes refusent de les voir.»

En cela, le directeur du musée n'hésite pas à placer Larry Clark «dans la lignée d'artistes accusés en leur temps de vulgarité, comme Manet, Picasso ou Egon Schiele». Un artiste maudit, qu'il sera possible de rencontrer ce vendredi à 18h au musée d'Art moderne et samedi à la Cinémathèque française. Cette dernière profite d'une exposition qui dure jusqu'au 2 janvier pour proposer ce week-end l'intégrale de ses films.