« “Oliver Twist” pour modèle »

Recueilli par Anne Kerloc'h

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Melvin Burgess sur les traces de Dickens.
Melvin Burgess sur les traces de Dickens. — dr

On l'a découvert avec son best-seller Junk, roman sur la descente en pente raide de jeunes drogués. Melvin Burgess, auteur à succès des collections « ados », signe ici Nicholas Dane (Gallimard), itinéraire d'un jeune placé dans un foyer

Nick Dane est un peu un Oliver Twist moderne. Dickens vous inspire ?
J'étais taraudé par l'envie d'écrire sur les terrifiants sévices qui se sont perpétrés pendant des années dans les foyers pour ados britanniques. Mais le sujet est si noir, si glaçant que je me demandais comment rendre le livre attractif. Dickens a réussi à raconter ce qui peut arriver de pire à un enfant au travers d'histoires distrayantes. J'ai pris Oliver Twist pour modèle, dans l'espoir qu'il m'aiderait dans mon récit, et pour me faire plaisir avec un livre connu de tous.

Le fait d'être un ancien journaliste

vous a aidé pour écrire ce livre ?
Je me suis appuyé sur les affaires, nombreuses , d'abus commis entre les années 1960 et 1980. A Manchester, grâce à un avocat, des victimes ont accepté de me parler. Ce que je raconte, ce sont des faits réels. J'ai très peu brodé.

Vous arrivez à vous glisser dans

la tête d'un pédophile, Tony Créal…
Une des raisons pour lesquelles les pédophiles nous révulsent est qu'ils sont ordinaires. Comme nous. Quand vous écrivez, vous devez faire un saut créatif pour comprendre comment ils fonctionnent, peu importe qu'ils soient détestables. J'ai toujours fait en sorte que mes pires personnages soient des personnes et non des monstres.

Le livre « jeune adulte » se développe. A-t-il une identité propre ?
Le seul ingrédient nécessaire aux romans pour ados est qu'ils doivent donner envie d'être lus ! Après, le héros est souvent jeune. Les adultes en général n'aiment ni ne croient les ados, une des raisons pour lesquelles cette littérature a émergé lentement. Aujourd'hui, tout le monde veut aller dans ce champ nouveau. On peut reculer les limites, c'est forcément très séduisant.

home, cruel home

Placé à Meadow Hill, un care home après la mort de sa mère, Nick va connaître l'enfermement et les sévices. Quant à l'affable Tony Créal, il se révélera le plus ravageur des éducateurs...