L'ancienne libraire ne tourne pas la page

Hubert Artus
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Dans Fahrenheit 2010, Isabelle Desesquelles revient sur son expérience de libraire.
Dans Fahrenheit 2010, Isabelle Desesquelles revient sur son expérience de libraire. — F. MANTOVANT / EDITIONS STOCK

   Les éditions Stock ont décidé de le sortir au dernier moment, en écho avec la rentrée littéraire. Dans Fah­renheit 2010 – référence au roman Fahrenheit 451 et à la température à laquelle brûle le papier –, Isabelle Desesquelles revient sur quinze années passées à la librairie toulousaine Privat. L'une des plus anciennes de Fran­ce. Qu'elle a quittée quand l'enseigne a été rachetée par une chaîne culturelle, Chapitre.com, la deuxième de France après la Fnac. 

 Noyés dans la masse
Alors que 701 romans sont publiés en cette rentrée, l'ouvrage veut démontrer qu'aujourd'hui l'abondance tue le livre : « C'est fini la passion, écrit-elle. En 2010, plus besoin de 451 degrés pour faire disparaître les livres, des librairies suffisent. » Romans, essais, nouvelles, noyés dans la masse des livraisons. Paradoxalement, l'ancienne libraire l'écrit… dans un livre ! Un de plus ? « Tant de publications peuvent certes paraître effrayantes à chaque rentrée littéraire, mais le libraire devrait être là pour séparer le bon grain de l'ivraie », complète-t-elle.
  Fahrenheit 2010 s'élève aussi contre l'industrialisation du domaine du livre : « Je reste persuadée qu'une librairie où l'on partage les livres avec le lecteur reste une aventure à défendre, lance-t-elle. Ma décision de partir, c'était choisir encore. Corps et âme de Frank Conroy est un des romans que j'ai le plus aimé vendre. Ce pourrait être le nom de quantités de librairies qui resteront debout. » 

à livres ouverts

Fahrenheit 2010 parle des livres qui ont façonné son auteur. Et raconte les conditions de travail d'une chaîne culturelle, rythmées par les réunions, les algorithmes et les gestions de stock.