Renaud Dély: «Il suffit de le regarder, Sarkozy est sa propre caricature»

INTERVIEW Le journaliste, directeur adjoint de la rédaction de France Inter, publie avec le dessinateur Aurel «Sarkozy et ses femmes» chez Drugstore...

Propos recueillis par Charlotte Pudlowski

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Sarkozy et ses femmes, de Renaud Dély et Aurel
Sarkozy et ses femmes, de Renaud Dély et Aurel — Glénat/Drugstore

Vous qui êtes journaliste politique, pourquoi aviez-vous envie de vous plonger dans l’univers de la BD-enquête?
D’abord c’est un exercice ludique, c’est une façon amusante de jouer avec les personnages de la vie politique; ensuite j’ai trouvé que le personnage de Nicolas Sarkozy s’y prêtait beaucoup. Il suffit de le regarder, il est lui-même sa propre caricature. On le voyait encore lors de la conférence de presse donnée jeudi à Bruxelles, lorsqu’il expliquait avoir gardé son calme, ça aurait fait un formidable épisode de BD. Son énergie, sa spontanéité, ses tics, ses exagérations: tout s’y prête.

Plusieurs journalistes se sont lancés dans les BD-enquête ces dernières années. Est-ce que les rapports entre journalistes et politiques ont changé ces dernières années, permettant d’aller vers cette caricature?
Il y a aujourd’hui une simplification du rapport entre journalistes et politiques et une désacralisation des responsables politiques, qui sont beaucoup moins en majesté, qui s’exhibent eux-mêmes, et qui  vont plus volontiers aller donner des interviews chez Michel Drucker, Ruquier, ou une autre forme du divertissement. Et l’homme qui l’a le plus illustré cette évolution de l’époque, c’est justement Sarkozy.  Il en est à la fois le résultat et l’un des principaux acteurs. A-t-ton vu un seul de ses prédécesseurs gravir les marches de l’Elysée en short et en sueur?

Est-ce que vous n’avez pas peur de perdre le lecteur dans la distinction réel/fiction, et de lui donner à rire de tout, de l’empêcher de distinguer les faits réels?
Je pense que quand on lit la BD on fait assez vite la part des choses. Beaucoup de faits sont aussi déjà connus. La matière c’est de l’info et de l’enquête, mais les scènes sont scénarisées (ce qui était aussi une manière de protéger des sources, en ne racontant pas exactement les dialogues qu’on nous avait rapportés). On voit les traits d’humour les gags rajoutés. On fait facilement la distinction. Et les notes en marge sont de l’info pure, ce qui ajoute aussi à la crédibilité. Le tout demande bien sûr de la subtilité: on a parié sur l’humour et l’intelligence du lecteur à la fois.

Pourquoi se concentrer sur les femmes de la vie de Nicolas Sarkozy?
Parce qu’il y en a beaucoup! Nicolas Sarkozy a toujours été entouré de femmes, il s’est toujours appuyé sur les femmes et en a été dépendant. Le paradoxe, c’est qu’il renvoie une image virile, d’homme un peu violent, aux propos musclés, parfois belliqueux; et on s’est aperçus que depuis sa mère, à laquelle il voue une admiration sans borne, jusqu’à ses épouses successives, (Cécilia pour conquérir le pouvoir, Carla pour l’exercer) et aux femmes du gouvernement, les femmes ont une place immense dans sa vie. Sarkozy sans les femmes, ce n’est plus vraiment Sarkozy. Ce besoin des femmes est bien moins spectaculaire chez les autres présidents.

Les caricatures de femmes sont plus récentes. C’est plus difficile d’être cruel avec elles?
C’est sans doute plus difficile parce qu’on redoute d’être taxé de vulgaire, macho etc. Et c’est évidemment quelque chose dont on n’a pas envie.

Pourquoi avoir travaillé avec Aurél?
On s’est connus à Marianne. J’aime beaucoup son dessin et la façon dont il croque Sarkozy me fait beaucoup rire. Sous son crayon, c’est toujours une boule d’énergie en train d’exploser. Soit il explose, soit il vient d’exploser soit il est sur le point d’exploser. Ca bouillonne.

La première BD enquête, La Face kärchée de Sarkozy, vous a-t-elle inspirée?
Oui, j’ai trouvé que c’était un travaille remarquable, qu’il s’agisse du dessin, de l’enquête ou du scénario. Ils étaient pionniers en la matière. Peut-être qu’ils ont ouvert un nouveau genre pour les journalistes. La politique, on l’a traitée pendant des décennies dans la presse assez austère, puis dans la presse people et de divertissement. Et au fur et à mesure que les limites idéologiques se sont floutées, les hommes et femmes ont pris plus de poids. La BD c’est aussi une autre manière de traiter ces personnages.