Jean Douchet: «Le spécialiste pour ausculter la médiocrité d'âme, c'était Claude Chabrol»

INTERVIEW Trois questions à l'historien du cinéma et réalisateur...

Propos recueillis par Stéphane Leblanc

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Réalisateur et historien du cinéma, Jean Douchet avait rencontré Claude Chabrol à la fin des années 50, aux Cahiers du cinema. Ensemble, ils ont notamment co-signés le film à sketches Paris vu par (1965).

Comment avez vous réagi à l’annonce du décès de Claude Chabrol?
Je le connaissais bien et je peux vous assurer que son décès est totalement inattendu. Il n’était pas malade, ce qui laisse supposer qu'il s'agit d'une crise cardiaque. Et c’était un tel bon vivant qu’on avait toujours l’impression, en le voyant, qu’il avait toute la vie devant lui.

Que restera-t-il de son oeuvre?
Une soixantaine de films et une vingtaine de téléfilms qui, la plupart du temps, plaisaient beaucoup au public. On a longtemps dit que c’était un cinéaste de genre, qui jouait sur une convention du polar avec un fond de critique de la bourgeoisie. Il y avait de la férocité chez lui, mais c’était plus profond que cela, comme une peinture de caractère. Même dans ses films les moins personnels, dans les films de commande ou ceux qu’il réalisait rapidement, il y avait toujours deux ou trois moments intéressants. C’était un vrai créateur.

Sa particularité, c’était quoi?
Sa capacité à travailler le thème de la bêtise. C’est intéressant de voir que chaque pays a engendré un cineaste dont c’est devenu la spécialité: Fellini en Italie, Almodovar en Espagne, Hitchcock quand il était en Angleterre et Fassbinder en Allemagne. En France, le spécialiste pour ausculter la médiocrité d’âme, c’était Claude Chabrol. Je pense que c’est ce qui restera. Finalement plus que le côté amuseur meme s’il cultivait ça aussi beaucoup.