8 ans de prison pour avoir abîmé et volé un original de Shakespeare

JUSTICE Le voleur avait abîmé le manuscrit intentionnellement...

Charlotte Pudlowski

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Raymond Scott en juin 2010, Angleterre
Raymond Scott en juin 2010, Angleterre — SCOTT HEPPELL/AP/SIPA

Dans sa tête, il se rêvait en Arsène Lupin. Dans la vraie vie, Raymond Scott est un libraire au chômage, de la cinquantaine passée, vivant des revenus de l’Etat britannique. Il rêvait de Ferrari, de grands crus et de villas à Monaco. Mais les quelques cigares cubains qu’il fumait étaient financés grâce à des fraudes de cartes de crédit.

Et puis un beau jour de 1998, il parvient à dérober à l’université de Durham un original de Shakespeare. Ce sont ses œuvres complètes, toutes ses pièces réunies, un livre de 1623 publié peu après sa mort. Et évalué à l’époque à 150 millions de francs.

 

Bien sûr, pas question de le revendre immédiatement. Interpol est sur le coup; l’Etat britannique s’en préoccupe. Les années passent, dix. Et puis en vacances à Cuba, Raymond Scott s’entiche d’une danseuse. Il voudrait bien l’impressionner, lui envoyer de l’argent. Et ce manuscrit dort dans ses affaires. Il se met alors en tête de l’endommager, croyant augmenter sa valeur. Il déchire la reliure vieille de trois siècles, la couverture, des pages. Et se présente un jour de juin 2008 à la Folger Shakespeare Library à Washington pour le faire authentifier.

 

Mais les œuvres volées sont archivées par Interpol et l’OCBC, Office Central de lutte contre le trafic des Biens Culturels. Raymond Scott se fait attraper par les bibliothécaires qui le signalent aux autorités.

Sentence

Depuis juillet, Raymond Scott savait qu’il était reconnu coupable par la Grande-Bretagne, mais la nature de sa sentence n’est tombée qu’aujourd’hui: 8 ans de prison.

En annonçant la sentence lundi, le juge Richard Lowden a qualifié Raymond Scott d'«affabulateur» et son action de «vandalisme culturel» sur un «trésor» de l'Angleterre.

«Il pouvait être considéré par beaucoup comme inestimable mais pour vous il représentait un prix très élevé et vous avez eu recours à des méthodes extrêmes pour obtenir ce prix», a poursuivi le juge. «Votre motivation était le gain financier. Vous vouliez financer un mode de vie de playboy totalement grotesque pour impressionner une femme rencontrée à Cuba», a relevé le juge Lowden, cinglant. 12 ans après le vol, l’ouvrage est estimé à un peu plus d’un million d’euros.

Entre-temps, Scott avait reconnu le vol de deux tableaux et écopé de six mois de réclusion pour l'un et l'autre, peines à purger l'une après l'autre.