Que faut-il penser du débat sur de Gaulle?

LITTERATURE Et faut-il inscrire son oeuvre au bac...

Charlotte Pudlowski

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Charles De Gaulle, en train de prononcer un discours à la radio, 1946
Charles De Gaulle, en train de prononcer un discours à la radio, 1946 — AFP

Le débat lancé par les professeurs de littérature, qui s’opposent à la mise au programme du bac littéraire des Mémoires du général De Gaulle, enflamme la sphère littéraire. Tous jurent que oui, De Gaulle est bien écrivain: «une langue sublime» pour Franz-Olivier Giesbert, un livre «tout à fait digne de figurer au bac» selon Bernard Pivot.
 
 «Manifestement, ce qui est bon pour la Pléiade ne l’est pas pour les 1.500 professeurs de Lettres qui ont signé la pétition envoyée au ministre», accuse même Pierre Assouline.

Idéologie

Seulement les professeurs de littérature ne discutent pas tant la valeur littéraire de l’ouvrage que les problèmes que pose l’étude de ces Mémoires. «Nul ne songe à discuter l'importance historique de l'écrit de De Gaulle, précise la pétition pour faire retirer le général du programme: la valeur du témoignage est à proportion de celle de témoin. Mais enfin, de quoi parlons-nous? De littérature ou d'histoire? Nous sommes professeurs de Lettres. Avons-nous les moyens, est-ce notre métier, de discuter une source historique?» Aussi beaux qu’ils soient, ces Mémoires poseront forcément des problèmes politiques.
 
Jean-Pierre Lecouey, professeur de lettres en classes préparatoires littéraires au lycée Victor Duruy, qui précise lui aussi que «De Gaulle est bien un écrivain», explique néanmoins que «c’est forcément un peu idéologique. Ce n’est pas scandaleux de vouloir le mettre au programme, mais il y a tant d’autres mémorialistes meilleurs : Saint-Simon, le cardinal de Retz…»

 
Hiérarchie


Du coup, personne ne nie ce qu’expliquent Pierre Assouline, France-Olivier Giesbert, ou Bernard Pivot. Il s’agit plutôt de savoir qui est le mieux placé- sachant que seules quatre oeuvres sont au programme. Puisqu’il y a tant de mémorialistes, la place du cours de lettres est sans doute de choisir les meilleurs (les professeurs d’histoire n’auront qu’à se réjouir d’avoir de si beaux passages à étudier comme témoignages). Et peut-être aussi ceux qui feront aimer la littérature à leurs élèves.
 
En inscrivant De Gaulle sur la liste, Pierre Stasse, jeune talent Flammarion (24 ans), estime «que le programme deviendrait d’un classicisme chiant, suffisamment chiant pour dégoûter 90% des élèves de toute lecture ultérieure, avec ou sans le Général. S’ils veulent ajouter une troisième œuvre du XXème siècle, alors que le programme en compte déjà deux sur quatre, qu’ils foutent un Koltès, une Elisabeth Filhol, un Henry Bauchau ou un Pierre Michon, un truc qui vit un peu! Ils auront toute leur vie pour lire le troisième tome du Général.»