L'île appâte l'unesco pour sortir du bois

TOURISME L'île de la Réunion est candidate pour être inscrite au Patrimoine mondial de l'humanité...

De notre envoyé spécial en forêt de Bélouve, Vincent Vantighem

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Depuis la découverte de l'ile par les premiers navigateurs, la forêt « n'a pas bougé ».
Depuis la découverte de l'ile par les premiers navigateurs, la forêt « n'a pas bougé ». — V. VANTIGHEM / 20 MINUTES

On dirait que ça ne l'a pas gênée de marcher dans la boue. Il faut dire que le panorama sur le Trou de Fer valait bien les trois heures de randonnée que Marie-Luce Penchard s'est offert en pleine forêt de Bélouve, le 19 mai dernier. Les baskets blanches maculées, la ministre de l'Outre-Mer affichait, en haut du belvédère qui donne sur un gouffre de 300 m, le sentiment du travail accompli: comprendre et promouvoir la candidature de l'île de la Réunion au Patrimoine mondial de l'humanité (Unesco). «C'est bien plus facile que si j'avais lu un dossier depuis mon ­bureau», explique-t-elle.

«Le Grenelle, ici, c'est tous les jours»

«Facile.» Pas pour les gendarmes chargés d'assurer la sécurité de la ministre sur les sentiers glissants de cette forêt primaire envahie par les nuages. «C'est l'éponge de l'île, explique avec une pointe d'accent créole Daniel Gonthier, le président du parc national. Et rien n'a bougé. On marche aujourd'hui dans la même forêt que les premiers navigateurs qui sont arrivés ici il y a plus de trois siècles.»

Et à l'époque, ils ont fait gaffe à ne pas écraser les fougères arborescentes et les bégonias naturels qui jonchent le sol. Entre les deux, des ouvriers d'un chantier de réinsertion construisent aujourd'hui un étroit chemin à l'aide de planches de bois. «Ils font deux heures de marche pour arriver ici, poursuit Daniel Gonthier. Le sentier en bois permet de protéger la flore. Ici, c'est tous les jours qu'on fait le Grenelle!»

Présent sur tous les critères

Et c'est l'un des gros chapitres du dossier de 1.500 pages que les autorités réunionnaises ont envoyé à l'Unesco. Ambitieuses, elles ont mis l'accent sur quatre critères: la biodiversité, la beauté de l'île, la géologie et l'histoire. «Avant, je pensais que la candidature ne portait que sur un seul critère, avoue Marie-Luce Penchard. Mais quand je vois la richesse du patrimoine naturel, je comprends mieux.»

Daniel Gonthier sourit. «Ici, on dit que la nature réunionnaise ne serait rien sans l'homme réunionnais, lâche-t-il. On a maintenant envie d'apporter la richesse de l'outre-mer à la France.» Normal alors que la ministre soit de la fête en cas de victoire. Elle a déjà prévu de retourner à La Réunion pour le résultat de l'Unesco qui doit être annoncé le 7 août prochain.

ALBI CANDIDATE

La cité du Tarn est l'autre dossier français candidat au classement au Patrimoine mondial de l'humanité. La cathédrale, le musée Toulouse-Lautrec et le Pont-Vieux sont les principaux atouts mis en avant par la ville.