Le vol au musée d'Art Moderne de Paris n'est pas si étonnant

CULTURE Un rapport de 2007 met gravement en cause la surveillance et la sécurité dans les musées de la Ville de Paris...

Charlotte Pudlowski

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Policiers devant le musée d'Art Moderne de Paris où le vol a été commis. 20 mai 2010
Policiers devant le musée d'Art Moderne de Paris où le vol a été commis. 20 mai 2010 — AFP PHOTO / BERTRAND GUAY

Le vol au Musée d’Art moderne de Paris de cinq chefs d’œuvres, la semaine dernière, n’est pas si étonnant. Le Parisien s’est procuré un rapport confidentiel de 2007, accablant pour la sécurité des musées de Paris: la protection des œuvres est déficiente, les systèmes de sécurité incendie «obsolètes» et les moyens humains «insuffisants pour assurer des missions de sécurité et de sûreté». Ces musées « paraissent particulièrement vulnérables», conclue le rapport. Comment s’étonner, dès lors, que l’on puisse subtiliser quelques Picasso et autres Modigliani, ou s’introduire dans une salle de musée d’Orsay en poussant une porte mal verrouillée, et saccager un Monnet?

Un rapport toujours d'actualité

«Depuis 2007, les insuffisances de sécurité pointées par ce rapport sont pour nous toujours d’une cruelle actualité», constate le syndicat Supap-FSU, majoritaire parmi les agents des musées, interviewé par le Parisien.

Interviewé par 20minutes.fr, Thierry Ehrmann, fondateur et PDG d'Artprice, expliquait au moment du vol que l’insécurité dans les musées est effectivement flagrante, mais pas si surprenante: pour protéger les œuvres à la hauteur de leur valeur, il faudrait démultiplier les effectifs des personnes chargées de la sécurité. Pas évident, vu le peu de rentabilité de l’industrie de la culture. Ces œuvres valent des fortunes, mais ne rapportent pas assez.

Et ailleurs?

Le Washington Post souligne que si ce genre de vols n’intervient pas aussi souvent aux Etats-Unis, c’est aussi que les musées sont plus neufs, moins nombreux, et moins exposés. En somme, il est plus facile de rentrer et sortir discrètement du Musée d’Art moderne que de gravir les imposantes marches du Met à New York.

Mais si Paris, et l’Europe de manière générale, paraissent particulièrement exposés, c’est aussi que la politique n’est pas la même quant à la publicité du vol. Le «Art Loss Register», base de données qui répertorie les vols, enregistre régulièrement des demandes de Washington par exemple, musées ou galeries privées. L’an dernier, un Chagall a par exemple été dérobé, ainsi qu’un dessin de Picasso. Christopher A. Marinello, directeur du Art Loss Register, souligne que ces vols ont été résolus «à l’amiable, et vous n’en avez simplement pas entendu parler.»

Au musée d’Art moderne de Paris, une enquête administrative lancée mardi dernier par le maire de Paris pour déterminer «si des carences techniques ou humaines ont contribué à rendre possible l’effraction» tranchera. Les premiers résultats doivent être connus d’ici une dizaine de jours.