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INTERVIEW« Je n’arrive pas à revoir Drag Race France », confie Lolita Banana

« Drag Race » : « Ma famille choisie en France, je l’ai longtemps cherchée en tant qu’immigrée », confie Lolita Banana

INTERVIEW
Candidate de la saison 1 de « Drag Race France » l’an passé, Lolita Banana coprésente depuis jeudi la version mexicaine de la compétition de drag-queens. Pour « 20 Minutes », elle revient sur ces expériences et ces derniers mois riches en émotion
La drag-queen Lolita Banana a participé à la saison 1 de « Drag Race France » et coanime « Drag Race Mexico ».
La drag-queen Lolita Banana a participé à la saison 1 de « Drag Race France » et coanime « Drag Race Mexico ». - Ranobrac / FTV / Ranobrac / FTV
Fabien Randanne

Propos recueillis par Fabien Randanne

L'essentiel

  • Lolita Banana s’est classée quatrième de « Drag Race France » l’été dernier. Depuis le jeudi 22 juin, elle coanime « Drag Race Mexico », la version mexicaine de la compétition de drag-queens disponible sur la plateforme WOW Presents Plus.
  • « Cela fait quinze ans que j’ai quitté le Mexique pour Paris. Maintenant, je retourne dans mon pays natal par la grande porte. C’est un honneur », confie Lolita Banana à 20 Minutes.
  • Dans « Drag Race France », Lolita Banana a évoqué sa séropositivité. « Depuis, je reçois de nombreux messages de personnes qui me disent que me voir les a aidées à prendre confiance en elles ou à avoir du courage », affirme-t-elle.

«"Drag Race France" a changé ma vie », assure Lolita Banana. Elle a raison. La drag-queen incarnée par Esteban Inzúa, 37 ans, s’est classée quatrième de la compétition diffusée sur France Télévisions l’été dernier et s’est imposée comme l’une des préférées du public. Sa notoriété est au beau fixe et les shows dans lesquels elle se produit à Paris ou ailleurs ne désemplissent pas. Depuis jeudi, elle a changé de dimension : elle coprésente « Drag Race Mexico », avec Valentina, ex-candidate de « RuPaul’s Drag Race » aux Etats-Unis. Le temps de la diffusion, Lolita Banana s’est d’ailleurs installée au Mexique, son pays natal, pour vivre pleinement l’expérience. C’est donc par téléphone, avec huit heures de décalage horaire que 20 Minutes l’a jointe pour parler de son expérience de présentatrice, de ses souvenirs les plus forts de la saison française mais aussi de l’impact de son témoignage sur sa séropositivité.

Présenter « Drag Race Mexico », cela représente quoi pour vous ?

C’est comme un cercle parfait. Cela fait quinze ans que j’ai quitté le Mexique pour Paris. J’ai toujours voulu connaître la France, vivre de mon art et de la danse à l’étranger. Maintenant, je retourne dans mon pays natal par la grande porte. C’est un honneur, c’est une expérience extrêmement réjouissante et gratifiante.

Vous allez donc désormais partager votre temps entre la France et le Mexique ?

Avec mon compagnon, on ne sait pas trop ce que ça va donner, c’est un peu une année test pour voir comment on s’organise. Oui, je suis Mexicaine mais mon copain est en France, mes amis sont en France… et mon travail est en France mais aussi au Mexique. Là, par exemple, je vais rester trois mois au Mexique durant toute la diffusion de « Drag Race Mexico ». Je veux vivre l’expérience ici et être disponible pour les opportunités de travail qui se présenteraient.

Le public mexicain avait entendu parler de vous avant l’émission ? Il a suivi votre parcours dans « Drag Race France » ?

Ce sont surtout les plus fans, qui regardent toutes les franchises de « Drag Race » [l’émission est déclinée dans une quinzaine de pays], qui me connaissent. L’autre jour, je suis allée au théâtre et des spectateurs m’ont reconnue, sont venus me parler pour faire des selfies. Mais disons que je suis encore plutôt anonyme ici. Dans la rue, je peux me promener sans que les gens me reconnaissent ce qui n’est pas le cas en France.

Vous coanimez « Drag Race Mexico » avec Valentina. L’équilibre entre vous deux a été difficile à trouver ?

Non. La production nous y a aidées. Tout est partagé. Dans le premier épisode, Valentina avait le lead. Dans le deuxième, qui sera disponible jeudi, ce sera moi. On alterne. On est tout le temps ensemble dans la werk room [l’atelier], sur le main stage [la scène principale]… On est à égalité. La production a établi cela dès le début et cela nous arrange. On s’entraide. Il n’y a pas de jalousie.

Il y a un an, « Drag Race France » était lancée et vous êtes devenue une drag-queen familière du public. Quels souvenirs avez-vous de ce lancement ?

Je faisais des soirées Bananight [au Who’s, à Paris] pendant lesquelles on projetait l’épisode du jour. La réaction du public était folle. On aurait dit un spectacle vivant : les gens se donnaient à fond, ils criaient, ils pleuraient, c’était très émouvant. Ces soirées sont la seule fois où j’ai regardé les épisodes. C’est très bizarre, je n’arrive pas à les revoir.

Quel est votre souvenir le plus fort ?

Le lip-sync [l’épreuve finale] avec Bertha, évidemment ! Je ressentais une profonde tristesse. Juste avant, Nicky Doll [l’animatrice] avait demandé aux filles laquelle devrait, selon elles, être éliminée ce soir-là. Elles ont toutes dit mon prénom. Déjà que mon syndrome de l’imposteur ne me laissait pas tranquille, cela l’a aggravé puissance dix. J’avais l’impression de ne pas faire partie de la famille, de prendre la place de quelqu’un d’autre, de ne pas mériter ma place parce que j’étais mexicaine. Je n’avais aucune référence et j’avais honte de ne pas mieux connaître la culture française alors que j’habitais à Paris depuis si longtemps. J’étais très frustrée. Quand je me suis rasé la tête sur scène, c’était un acte de folie.

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Depuis, les choses se sont arrangées avec les autres drag-queens de la saison 1, non ?

Oui ! On s’écrit des messages tous les jours depuis plus d’un an, on se soutient les unes les autres. On se connaît tellement bien, on est devenues très proches. Je peux dire maintenant que j’ai la chance d’avoir une famille choisie [lire l'encadré]. Moi qui suis immigrée, je cherchais ça depuis longtemps : sentir que je fais partie de quelque chose, ici, en France.

Vous avez aussi marqué « Drag Race France » en évoquant votre séropositivité et le fait que « indétectable = intransmissible », c’est-à-dire que lorsque la charge virale d’une personne séropositive est indétectable grâce à son traitement, alors il n’y a aucun risque de transmission du VIH. C’était important de prendre la parole sur ce sujet ?

Nos histoires à nous, les queens de « Drag Race », aident les gens à s’identifier. A un moment donné, on ne parle plus de nous comme individus, mais de ce que l’on représente, car nos histoires sont aussi celles de plusieurs personnes. J’avais peur d’évoquer ma séropositivité car je redoutais la réaction des gens. Mon copain m’a dit que c’était important de parler. J’ai beaucoup aimé la manière dont la production a abordé le sujet, sans drame, de manière respectueuse et naturelle parce que c’est exactement ce que je voulais exprimer. Aujourd’hui, on peut être séropositif au VIH et vivre très bien, aimer, faire l’amour, avoir une sexualité épanouie grâce aux traitements parce que, il faut le rappeler, être indétectable signifie que le virus est intransmissible.

Vous avez reçu des messages du public à ce sujet ?

Un adolescent m’a contactée sur Instagram pour me dire qu’en regardant « Drag Race France » sa grand-mère lui a parlé et lui a révélé qu’elle était séropositive. Je raconte souvent cette histoire parce qu’elle m’a beaucoup touchée. Cela en est une parmi de nombreux messages de personnes qui me disent que me voir les a aidées à prendre confiance en elles ou à avoir du courage. C’est important. « Drag Race », ce n’est pas que les paillettes, le glamour et la compétition. C’est quelque chose de plus profond.

La saison 2 de « Drag Race France » commence vendredi. Que ressentez-vous ?

Je n’en ai rien à foutre ! (rires) Je suis très contente pour les filles, je vois la saison 2 comme un prolongement de notre succès. Le fait qu’elle existe signifie qu’on a bien fait notre travail et j’espère que cela va continuer pendant des années et des années. Je connais tout le cast. J’ai rencontré Moon à la conférence de presse début juin et je suis fan d’elle, elle est incroyable, tellement gentille, belle… Elle est la Elips de la saison 2. Sinon, j’ai travaillé mille fois avec Piche et Ginger Bitch. Cookie [Kunty] est ma sœur, j’ai commencé le drag avec elle - elle a vécu en République dominicaine donc on parle beaucoup espagnol entre nous. Je vais suivre leur saison ici. J’ai des amis français à Mexico, on se réunira tous les vendredis matin pour regarder les épisodes.

«Famille choisie »

Dans la communauté LGBTQ +, il est fréquent de parler de « famille choisie » pour désigner des liens amicaux, de solidarité, entre individus partageant les mêmes valeurs et pouvant faire office, d’une certaine façon, de famille de substitution. L'auteur américain Armistead Maupin parle, lui, de « famille logique ». « Tôt ou tard, où que nous vivions, il nous faut partir en diaspora, nous aventurer loin de nos parents biologiques pour découvrir notre famille logique, celle qui pour nous fera véritablement sens. Il le faut, si nous ne voulons pas gâcher nos vies », écrit-il dans l'autobiographique Mon autre famille paru aux éditions de L'Olivier en 2018.

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