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Interview« Je ne me considère pas comme un giga adulte », confie Spider Zed

« Je ne me considère pas comme un giga adulte », confie le rappeur Spider Zed

InterviewDe passage à Lyon pour sa tournée, Spider Zed a inondé le Ninkasi Kao d’amour et de mélancolie. « 20 Minutes » l’a rencontré pour une interview exclusive
Spider Zed était sur la scène du Ninkasi Kao à Lyon samedi 25 mars
Spider Zed était sur la scène du Ninkasi Kao à Lyon samedi 25 mars - Lucas Marcellin / 20 Minutes / 20 Minutes
Lucas Marcellin

Propos recueillis par Lucas Marcellin

L'essentiel

  • Le nouvel album de Spider Zed Club de Cœur est sorti en janvier 2023
  • L’artiste se confie une nouvelle fois à son public partageant ses doutes et ses peurs.
  • Pour 20 Minutes, il a accepté de revenir sur son dernier projet et de nous expliquer pourquoi il ne se voit toujours pas comme un « giga adulte » et comment Orelsan l’a inspiré.

De passage à Lyon pour la tournée de son dernier album Club de cœur, le rappeur Spider Zed a partagé, comme à son habitude, ses doutes, ses peurs et son amour au public du Ninkasi Kao. À tout juste 26 ans, le Parisien se questionne dans ce nouvel album sur sa place dans la société et sur sa peur de devenir un « giga adulte ». Il s’est confié à 20 Minutes.

Dans ton nouvel album, tu parles beaucoup du temps qui passe, du passage à l’âge adulte et on a l’impression que ça t’effraie. Est-ce le cas ?

Ça m’effraie un petit peu car on est tous condamné à mourir. Mais au final, ça va parce que je suis encore jeune. Plus le temps passe, plus je vois des gens bien plus âgés que moi qui ont l’air de bien kiffer leur vie. Donc, je me dis que j’ai encore de la marge. Même si j’ai l’impression d’être le plus vieux des jeunes ou le plus jeune des vieux.

Dans certains de tes titres, on a l’impression que tu te considères comme un enfant, est-ce que tu en es toujours un ?

Je ne pense pas, ce serait très bizarre de me considérer comme un enfant. En revanche, c’est vrai que je ne me considère pas comme un giga adulte. Pour moi, personne n’est vraiment adulte. On fait juste semblant de savoir ce que l’on fait, jusqu’à ce que l’on comprenne vraiment et que cela ne nous fasse plus peur.

Justement, qu’est-ce qu’un « giga adulte » ?

Je ne sais pas. C’est un peu l’image que je me fais quand je vois des adultes de 35 ans, alors que j’en ai 26. Je me dis « ce sont des gigas darons ». Ils savent comment se passe la vie, ils savent faire des trucs d’adultes comme réparer des voitures. Moi, même aller dans un garage, je ne l’ai jamais fait. J’ai trop peur de me faire arnaquer. Pourtant, on ne se fait pas si souvent avoir. Je ne sais pas pourquoi, ça me fait totalement paniquer.

Ton dernier album parle beaucoup de mélancolie. Pour toi, entrer dans le monde des adultes, est-ce forcément entrer dans un monde triste ?

Pas forcément. C’est plus la façon dont tu considères le truc. Tu peux être triste si tu te dis que c’est vraiment bien la vie d’adulte mais que derrière tu es déçu. Par contre, si dès le début tu te dis que la vie est faite de hauts et de bas, c’est plus facile à accepter.

Es-tu vraiment mélancolique ou est-ce que tu t’abrites derrière un personnage ?

Je pense que c’est un peu des deux. C’est beaucoup ce que je ressens mais souvent je l’extrapole pour que ce soit plus prenant. En réalité, il m’arrive pas mal de trucs cool. Comme disait Orelsan : « Je suis le genre de loser qui fait que de gagner ». Bon, je n’en suis pas au niveau d’Orelsan, même si, pour un loser en totale indépendance, j’ai plutôt une belle carrière.

Par contre dans la vie, j’ai l’impression d’être banal. Les gens aiment se voir mieux qu’ils ne le sont. Moi, je me vois comme quelqu’un d’un peu moins bien que ce que je ne le suis réellement.

Tu parles d’Orelsan, on retrouve beaucoup de similitudes dans ce que tu racontes et dans les prods. Tu t’inspires beaucoup de lui ?

Oui énormément, j’ai beaucoup écouté l’album Perdu d’Avance et tous les autres qui ont suivi. J’étais un grand auditeur de rap petit, j’écoutais des artistes comme La Fouine ou encore Salif. Pour Orelsan, c’est la première fois où je me suis dit « Tiens, le truc que j’aime bien, c’est-à-dire le rap, peut raconter des trucs qui me concernent ». Donc oui, je me suis inspiré de lui car tout ce que j’aime inspire forcément ma musique. Et on a abordé des thèmes communs, des thèmes de mecs normaux.

Tu dis dans le titre 25 ans « P’t-être que j’ai du talent, P’t-être que j’sais juste faire les bonnes recherches sur Internet », qu’est-ce que tu sous-entends ? Penses-tu ne pas être légitime ?

Si, je pense avoir du talent. Mais est-ce que mon talent n’est pas juste de faire les bonnes recherches sur Google ? Il n’y a pas grand-chose qu’on n’apprend pas sans les tutos YouTube et sans avoir de la détermination. Il y a plein de trucs que j’ai appris seul dans ma carrière car personne ne pouvait m’aider ou que c’était extrêmement cher. Parfois, j’ai regardé huit tutos pour le faire. Je suis certainement cent fois moins bon que celui qui fait payer ça cher mais au moins, je l’aurais fait moi-même. Et ça me représente. Mais tu as raison, j’ai un énorme syndrome de l’imposteur comme beaucoup de gens, même si je suis bien conscient d’être assez chaud [fort] (rire).


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