Eric De Barahir: «Je me suis inspiré de comportements d'assassins, de victimes»

INTERVIEW Policier et scénariste de la série «Engrenages» dont la troisième saison commence le 3 mai sur Canal +, il est la caution du réalisme, et de la crédibilité de cette fiction. Pour 20minutes.fr il raconte comment il a travaillé.

Propos receuillis par Charlotte Pudlowski

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Saison 3 d'«Engrenages», Canal +
Saison 3 d'«Engrenages», Canal + — DR.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de participer à la série?
Ça a été un concours de circonstances: j’ai rencontré le producteur artistique, Thierry Depambour, qui travaillait sur le projet. Il a commencé par me demander de lui raconter des histoires, puis de les écrire. Et puis il a fini par me proposer de bosser avec lui. J’ai participé à la saison 2, et encore plus activement à la saison 3, avec Anne Landois, qui elle est une professionnelle. On était loin des codes normaux de la série française, que j’appréciais assez peu.

Vous aviez déjà écrit pour la télévision?
Pas du tout. Je ne la regardais même pas tant que ça. Mais en travaillant sur la saison 2, j’avais un rôle plus annexe. La principale histoire était écrite par des pros; moi j’écrivais les intrigues policières. Et j’ai énormément appris, en regardant les autres travailler, en m’investissant énormément. Du coup pour la troisième saison là j’ai fait partie intégrante de l’écriture de tout le scénario.

Vous êtes-vous aussi inspirés des séries américaines, qui sont, elles, plus habituées à demander la collaboration d’experts?

Pas du tout. Mais après avoir commencé à travailler, j’ai regardé The Shield, The Wire, ça m’a beaucoup plus.

Vous vous êtes davantage inspiré de vos expériences personnelles, en tant que policier?

Je ne me suis pas inspiré de faits-divers en tant que tels, parce que ce n’est pas ce qui me passionne. Mais je me suis inspiré de comportements d’assassins, de victimes. Ce qui vraiment m’intéresse, c’est ce qu’il y a autour du fait-divers. Par exemple annoncer à une famille que leur fille est morte. Ce sont des scènes que l’on voit peu à la télévision, qui existent, qui sont extrêmement fortes, et très pénibles pour les policiers. Ça je voulais le raconter.

En faisant appel à quelqu’un dont le terrain est le métier, il n’y a pas un risque de tomber dans le documentaire?
Si, ça peut être un danger, c’est pour ça qu’on travaille avec une scénariste professionnelle, que c’est un partenariat avec Anne Landois. Elle est là pour mettre de la fiction, du romanesque. Moi je suis le garant d’une certaine orthodoxie. Il est arrivé que dans la saison 2, certains me disent «oh, ça, ce serait pas mal», mais que ce soit trop éloigné de la réalité, donc que je refuse.

Est-ce que vous pensez créer un précédent, que les séries françaises vont se mettre à fonctionner, comme les américaines, avec des experts?
Je n’en sais rien parce qu’il y a aussi encore des trucs abracadabrantesques qui fonctionnent. Mais la réalité dépasse souvent la fiction. Je trouve dommage de s’en couper. On peut faire de l’excellente fiction avec le réel, surtout avec le monde policier qui est romanesque en soi. L’intérêt d’avoir quelqu’un comme moi c’est que tous les métiers concernés (policiers, juges, avocats) trouvent que la série est juste. On s’éloigne des clichés américains, et ça permet un peu de voir la vraie vie. Et c’est aberrant de faire une série sur les policiers sans en rencontrer: leur façon d’être, de travailler, leur vocabulaire, ça ne s’invente pas. Ce serait bien que les réalisateurs en général fassent appel à des experts.

Eric de Barahir travaille actuellement sur un autre projet pour France 2, avec Virginie Brac: les Beaux Mecs.