Campagne RSF pour la liberté de la presse, avec Christine Ockrent
Campagne RSF pour la liberté de la presse, avec Christine Ockrent — RSF

MEDIAS

Et si la France n'était pas faite pour la liberté de la presse?

La journée de la liberté de la presse, ce lundi 3 mai, met la liberté au centre de ses préoccupations...

Dans le classement de Reporters sans Frontières (RSF) de la liberté de la presse, la France n’est qu’au 43e rang. Derrière les grandes et vieilles démocraties occidentales, comme derrière les plus jeunes, tel le Ghana, le Mali, ou l’Afrique du Sud.

La France, le Ghana et les Etats-Unis

Les deux raisons principales de cette position, explique RSF, est la judiciarisation de la presse. «Beaucoup d’affaires de presse se traitent devant les tribunaux en France, beaucoup de journalistes sont mis en examen», explique Jean-François Julliard, secrétaire de RSF. «La réforme de l’audiovisuel public, et le changement de mode de nomination de radio France, de France Télé nous inquiète également.»

Il tempère néanmoins: «43e, il n’y a pas à rougir non plus. Les 50 ou 60 premiers ont tous une vraie liberté de presse. Le Ghana ou le Mali, devant la France, sont de vraies démocraties.» Et entre la France et les Etats-Unis, il n’y a que 23 places.

Héritage historique

Mais si la France ne parvient pas à se hisser plus haut, et continue au fil des années -quand elle ne stagne pas- de dégringoler, c’est aussi dû, selon le président du CFJ Henri Pigeat, a un paradoxe qui la caractérise: «La liberté de la presse n’est pas naturelle en France. Pas comme aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne en tous cas».

Henri Pigeat, auteur de La Liberté de la presse - Le Paradoxe français explique que la France a retenu du siècle des Lumières, plus encore que l’héritage de liberté individuelle, celui du sens de la collectivité. Du coup, la liberté de la presse en France est «très encadrée. Nous sommes la démocratie occidentale qui reconnaît le moins la protection des sources. Les lois sont toujours rédigées de façon telle que le juge qui veut trouver ses informations peut interpréter la loi en défaveur des journalistes. Même pour la dernière loi votée en janvier 2010, qui protège un peu plus le secret des sources.»

Henri Pigeat estime que c’est aussi cet héritage historique qui pousse à une très forte protection de la vie privée. «Les lois sur la protection de la vie privée ont donné lieu à une jurisprudence considérable, et qui n’est pas toujours justifiée quand il s’agit des personnes publiques.»

Exigence

C’est aussi la tradition des journalistes eux-mêmes qui varie entre la France et les autres démocraties. «Plus le journalisme est passif, et répète les communiqués de presse, moins il a de libertés. Les méthodes journalistiques d’Europe du Nord, ou des Etats-Unis ont une exigence critique supérieure.»

Pour remonter dans les classements, préconise Pigeat, il faudra que les journalistes fassent des efforts, et que l’appareil législatif se muscle encore.