«Roman Polanski espère que la Suisse refusera l'extradition»

Propos receuillis par Charlotte Pudlowski

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Roman Polanski le 15 janvier 2009 à Montrouge, en France.
Roman Polanski le 15 janvier 2009 à Montrouge, en France. — AP Photo/Michel Euler/SIPA

EDIT «Il incombe aux autorités américaines d'examiner» les accusations de Roman Polanski, selon qui la demande d'extradition américaine est basée sur un «mensonge», a déclaré un porte-parole du ministère suisse de la justice le 3 mai dans l'après-midi. La décision et «pendante»(en cours) et Roman Polanski pourra en faire appel.

Hervé Témime, l'avocat de Roman Polanski, explique pourquoi son client actuellement en Suisse, pris dans un bras de fer judiciaire avec les Etats-Unis qui veulent l’extrader, s'exprime ce lundi...

Pourquoi Roman Polanski a désiré se taire jusqu'à présent?
Il ne souhaitait pas communiquer car il y avait des procédures en cours aux Etats-Unis, et il considérait, avec ses avocats américains, qu'il était préférable qu'elles soient menées hors de toutes polémiques. Il y a aujourd'hui plusieurs éléments, qu'il explique dans sa lettre, qui le font sortir de son silence.

Cette lettre a d'abord été publiée dans La Règle du Jeu, le site de Bernard Henri-Levy, pourquoi?

C'est là qu'il avait d'abord adressé son courrier de remerciements à tous ceux qui l'avaient soutenu, et c'est un site Internet, qui est désormais le moyen habituel pour s'exprimer. Il a aussi souhaité s'exprimer dans de nombreux quotidiens de nombreux pays, qui paraissent ce matin, aux Etats-Unis, en Suisse, en Italie, en Allemagne...

Qu'espère-t-il avec cette intervention?
Roman Polanski espère faire comprendre son point de vue, faire connaître la vérité. Il espère aussi que les autorités suisses vont en prendre acte et refuser l'extradition, qui est en jeu aujourd'hui, et qui est totalement ubuesque. Non seulement nous avons des arguments juridiques forts pour dire que l'extradition n'a pas lieu d'être, et trente trois ans ont passés qui rendent cette situation absurde. Roman Polanski ne présente pas la moindre dangerosité; il y a une prescription de fait, acquise, et une prescription de droit en France et en Suisse. Sans compter l'attitude de Samantha Geimer, la victime au coeur de l'affaire, qui se bat contre ces poursuites.

Qu'implique concrètement la décision de la justice américaine de refuser de juger Polanski hors de sa présence?
Les États-Unis n'ont pas donné tort à Polanski. Ils ont simplement considéré que ses arguments sur l'irrégularité de la procédure, qui conduit à «dismiss the case» (qui est un synonyme, mais pas exactement pareil que de «classer la procédure») ne peuvent pas être examinés en son absence. Pour décider qu'il faut ou non en terminer avec cette affaire, ils veulent qu'il soit présent, donc extradé. Roman Polanski demande à la Suisse de refuser cette extradition.

Quelle est la prochaine étape?

Nous attendons une réponse de l'office fédéral de Berne (qui est donc une décision du ministère de la Justice) dans un délais ignoré. Elle nous dira si la Suisse estime que les conditions de la demande [de non extradition] sont conformes aux droits de l'homme. Je suis confiant, parce que la vérité est de notre côté.