Plus de vingt ans après sa sortie, Harry Potter fait office de saga intemporelle

Magie Plus de vingt ans après la sortie du premier opus dans les salles obscures, la franchise Harry Potter continue à faire rêver petits et grands. Comment expliquer la longévité de son succès ?

Pauline Ferrari
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En septembre dernier, les fans de la saga organisaient un « retour à Poudlard » au sein de la gare de King's Cross, à Londres.
En septembre dernier, les fans de la saga organisaient un « retour à Poudlard » au sein de la gare de King's Cross, à Londres. — Joe Pepler/PinPep//SIPA
  • Plus de vingt ans après sa sortie, « Harry Potter » continue à passionner petits et grands
  • La longévité de la saga s’explique par la teneur morale et initiatique de son histoire, mais aussi par une communauté de fan engagée
  • Pour la Warner Bros, pas question de lâcher le filon, très rentable en produits dérivés et autres visites touristiques

C’est le jeune sorcier le plus connu au monde : une cicatrice en forme d’éclair et des petites lunettes rondes suffisent à reconnaître la silhouette d’Harry Potter. L’univers fantastique inventé par J. K. Rowling a beau être sur les étals des librairies depuis 1997 et avoir envahi les salles de cinéma en 2001, il semble continuer à passionner les foules. Dernier exemple en date : en juin 2022, un exemplaire de la première édition d'Harry Potter à l’école des sorciers a été mis aux enchères par la société Christie’s, avec un prix de départ à 250.000 dollars… Une modique somme comparé au chiffre d’affaires de la saga au cinéma, dont les films ont généré plus de 9 milliards de dollars de recettes au box-office mondial.

En France, du côté des livres, c’est plus de 28 millions d’exemplaires qui ont été vendus, et certains tomes se placent toujours régulièrement parmi les dix titres les plus vendus dans les rayons jeunesse. Il suffit d’assister à un événement autour de l’univers du jeune sorcier ou de faire un tour aux Studios Harry Potter à Londres pour constater que parmi les fans, on retrouve des jeunes, voire des très jeunes : capes de sorciers aux couleurs de leur maison préférée et baguettes magiques, des écoliers d’une dizaine d’années côtoient des trentenaires. La passion pour Poudlard et ses coutumes s’affiche partout, des collections de vêtements aux boutiques spécialisées qui poussent comme des champignons. Mais comment expliquer la longévité et le retentissant succès d’« Harry Potter », plus de vingt ans après sa sortie ?

Une franchise portée par les fans

Pour Julie Escurignan, enseignante-chercheure et responsable du master en management des industries culturelles et créatives à l’EMLV, si « Harry Potter » a eu un tel succès, c’est d’abord parce que son histoire est un récit initiatique qui devient intemporel grâce à un univers magique, facilement aimable. « Il prend les jeunes dans un moment de basculement entre l’enfance et l’adolescence, avec un livre par an. C’est un récit qui grandit avec le lecteur, et qui sert à se former socialement et moralement » explique-t-elle. Une histoire d’amitié et de passage à l’âge adulte qui montre aux lecteurs et spectateurs quels sont les bons choix moraux à faire : des valeurs intemporelles, en somme. Le passage des livres aux films a donné une autre dimension au phénomène d’abord anglo-saxon, entraînant une génération d’enfants et d’adolescents dans le monde entier, même s’ils n’avaient pas forcément lu les livres. « C’est devenu un incontournable de Noël, une saga familiale avec laquelle on grandit et qui se transmet » ajoute l’enseignante-chercheuse.

C’est d’ailleurs ce qui explique la longévité de la saga : toute une génération qui a grandi avec « Harry Potter » va transmettre cet amour de l’œuvre à ses enfants. Car si les enfants de 2022 découvrent la saga par l’intermédiaire de leurs parents, c’est aussi grâce à toute une communauté de fans qui n’a pas cessé de s’approprier l’œuvre et de l’étendre. Fanfictions, dessins de fans, vidéos TikTok… « C’est une communauté de fans très engagée, on a l’impression d’une transposition dans le monde réel de l’armée de Dumbledore » commente Julie Escurignan. D’autant que l’autrice J. K. Rowling a continué à développer l’univers de la saga via de nombreux biais, et notamment Pottermore, site officiel qui permet d’en savoir plus sur les personnages, de discuter entre fans et d’avoir accès des contenus inédits. Le succès d’« Harry Potter » sur les vingt dernières années réside alors dans la manière qu’ont eue les fans de continuer à faire vivre leurs personnages préférés ; et à la société Warner Bros de capitaliser sur ce sentiment de nostalgie.

Une affaire de nostalgie… Et de gros sous

Car il faut bien continuer à faire vivre la franchise, à travers des produits dérivés à foison et même l'extension de l'univers de J.K Rowling, comme avec « Les Animaux fantastiques ». Pour Julie Escurignan, « le matériel de base est excellent, et s'il y avait d'autres films et séries sur le même unvivers et qu'ils sont bons, cela pourrait rebooster la franchise ». D'autant que la figure de J.K Rowling est grandement contestée dans le monde anglo-saxons pour ses propos transphobes à répétition. « Les fans arrivent à protéger l'œuvre, quitte à passer outre son autrice. C'est une histoire éternelle et qui continue à être transmise » analyse l'enseignante-chercheure. 



D'autant que peu à peu, « Harry Potter » est devenu part de la culture britannique, au même titre que la famille royale ou l'afternoon tea. Londres regorge de boutiques, bars et restaurants qui déclinent l'univers de Poudlard à leur sauce, sans compter l'attrait de millions de visiteurs chaque année sur le quai 9 ¾ à la gare de King's Cross ou dans les Studios Harry Potter situés en banlieue de Londres. Les studios Warner Bros ont ainsi généré plus de 75 millions de livres sterling grâce à la visite guidée « The Making of Harry Potter » en 2021. 

Et il n'y a pas qu'en Angleterre que le phénomène provoque des vocations. En Bretagne, le Château Le Rocher Portail, situé entre Rennes et Saint-Malo, accueille les visiteurs sous des bannières largement inspirées de la saga du petit sorcier à lunettes... Au point que la Warner a demandé au château de fermer, l'accusant de copier la franchise. Une chose est sûre, à quelques semaines de Noël : « Harry Potter » continue à passionner petits et grands, et à rapporter une somme colossale à ceux qui entretiennent son sentiment de nostalgie.