Une expo universelle, à quoi ça sert?

CULTURE Celle de Shanghai ouvre le 1er mai...

Charlotte Pudlowski

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Un grand spectacle est prévu vendredi soir, avant l'ouverture au public samedi matin.
Un grand spectacle est prévu vendredi soir, avant l'ouverture au public samedi matin. — SIPA

Dans Paris, les expositions universelles ont laissé des traces de fer avec la tour Eiffel, des traces de pierre avec le Grand Palais. Des monuments qui rappellent le faste architectural du siècle dernier, et confèrent aux expositions universelles une aura artistique. Mais ces expositions universelles (organisées plus ou moins tous les 4 ans, mais sans régularité imposée) ne sont ni plus ni moins qu’un grand marché, où les investisseurs viennent montrer leurs produits en espérant remporter des prix, se faire connaître, puis gagner de l’argent. C’est le marché du film de Cannes version monuments.

1851: la première exposition universelle

«Les expositions universelles sont toujours organisées à titre privé», explique Gérard Denizeau, histoirien de l'art, spécialiste des expositions universelles. C’est ainsi depuis 1851, lorsque la monarchie anglaise avait accepté le projet des organisateurs à la condition qu’ils se financeraient eux-mêmes. Le projet était ambitieux, il était séduisant, mais la couronne n’avait pas l’intention de se ruiner. «Depuis, il y a un double principe: celui de l’auto-financement, et du regroupement dans un même lieu».

Géocentrisme
 
Ce même lieu fut d’abord Londres. Puis Paris. Puis Londres. Puis Paris. Il fallut attendre 120 ans avant que les expositions universelles ne quittent le monde occidental et se pose à Osaka. L’Afrique attend toujours son heure. A l’instar de la FIFA pour le football, c’est le comité exécutif de l’exposition universelle qui décide. A croire que le mot universelle n’a pas encore pris tout son sens.

Financement

Evidemment, puisque le principe est l’auto-financement, il est plus facile de trouver des investisseurs privés dans le monde occidental que dans les pays en développement. Et ces investisseurs s’enrichissent considérablement avec les expositions. Gustave Eiffel, grand industriel qui avait financé lui-même sa tour, était vite rentré dans ses frais. Entre les tickets vendus aux visiteurs (6 millions de personnes à Londres en 1851, 100 millions attendus à Shanghaï), les récompenses (très prestigieuses), et la renommée qui débouche sur des contrats, la participation est juteuse. Après l’exposition de 1889, «Eiffel avait décroché des contrats pour construire des ponts, des viadus, des gares un peu partout», rappelle Gérard Denizeau. Et puis il avait fini par vendre sa tour à l’Etat. Qui lui même s’est enrichi car la tour Eiffel est désormais l’un des monuments les plus rentables du pays.

Que restera-t-il de l’exposition de Shanghaï ?

Les expositions donnent parfois une tour Eiffel. Parfois rien. A New York, de l’exposition universelle de 1939, rien n’est resté. De celle de 1906 à Milan, il ne reste par exemple qu’une piscine.
 
A Paris, il reste plus de traces qu’ailleurs car les réalisations étaient construites en harmonie avec la ville. Les y laisser n’a jamais posé de problème. Ailleurs au contraire, comme à Vienne ou à New York, les expositions se tenaient loin du cœur de la ville. A Shanghai, l’exposition sera dans le centre, reste à savoir ce qui ne sera pas démonté, ce que les autorités rachèteront. Peut-être des constructions anglaises et chinoises, décrites comme des merveilles. Et les françaises?